Le marché
Les types d'ordres, et ce que chacun coûte
Quatre types couvrent la quasi-totalité des besoins. Ce qui les sépare n'est pas la complexité mais l'arbitrage qu'ils font, chacun à leur manière, entre la certitude d'être exécuté et la certitude du prix.
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Qu'est-ce qu'un type d'ordre
Un ordre dit trois choses à la bourse : ce qu'on veut faire, combien, et à quelles conditions. Le type d'ordre encode la troisième. Tous arbitrent entre deux certitudes qu'on ne peut pas avoir ensemble : être exécuté, etconnaître son prix.
L'ordre au marché, et la protection qu'on ne voit pas
Un ordre au marché demande l'exécution immédiate au meilleur prix disponible. Il ne rejoint jamais le carnet : il le consomme. C'est l'ordre qui garantit l'exécution et abandonne le prix.
Sur Globex, la plateforme électronique du CME, cet abandon n'est pourtant pas total, et c'est le point que presque aucun article francophone ne mentionne. Un ordre au marché y est protégé : la bourse calcule une fourchette autour du meilleur prix opposé, en y ajoutant un nombre de points défini à l'avance pour l'instrument, et l'ordre ne peut pas être exécuté au-delà. Pour un achat, les points de protection s'ajoutent à la meilleure offre ; pour une vente, ils se retranchent de la meilleure demande.
La raison est explicite : empêcher qu'un ordre soit exécuté à des prix extrêmes lorsque le carnet se vide. La conséquence l'est moins, et elle surprend. Si la quantité disponible dans la fourchette ne suffit pas, la partie non exécutée reste dans le carnet, à la limite de protection. Autrement dit, un ordre au marché peut se retrouver partiellement rempli et partiellement en attente, ce qui est exactement l'inverse de ce qu'on attend de lui.
L'ordre à cours limité
Un ordre à cours limité fixe un prix à ne pas dépasser à l'achat, ou à ne pas descendre en dessous à la vente. S'il ne peut pas être exécuté immédiatement, ilattend dans le carnet jusqu'à exécution ou annulation.
Il garantit le prix et abandonne l'exécution. C'est l'arbitrage inverse du précédent, et sa contrepartie est un risque qu'on sous-estime : l'ordre qui n'est pas exécuté est souvent celui qu'on aurait voulu voir passer, parce que le prix s'est éloigné sans jamais revenir le chercher.
Le stop : un déclencheur, pas un ordre dans le carnet
C'est la confusion la plus répandue, et elle a des conséquences concrètes. Un ordre stop n'est pas posé dans le carnet. Il est conservé en attente d'undéclenchement : quand le marché traite au niveau indiqué ou au-delà, l'ordre devient actif. Avant cela, il n'existe pour personne.
Deux formes existent sur Globex. Le stop-limite entre dans le carnet comme un ordre à cours limité une fois déclenché : il ne sera donc exécuté qu'à son prix limite ou mieux, et peut ne pas l'être du tout. Le stop protégéentre comme un ordre au marché, borné par la même mécanique de protection que ci-dessus, la limite étant calculée à partir du prix de déclenchement.
Ce fonctionnement explique deux choses. D'abord, pourquoi les stops n'apparaissent dans aucun carnet, ce qui en fait la catégorie d'ordres la plus invisible et la plus brutale une fois déclenchée, comme le décritl'article sur la liquidité. Ensuite, pourquoi un stop n'est presque jamais exécuté exactement à son prix : il devient actif au moment où le marché y arrive, c'est-à-dire au moment où il s'en éloigne.
Comment on l'applique
Le glissement, et ce qui le détermine
L'écart entre le prix visé et le prix obtenu porte un nom, le glissement, et il n'est pas aléatoire. Il dépend de deux choses mesurables : l'écart entre les meilleures limites au moment de l'exécution, et la profondeur disponible. Les deux se dégradent aux mêmes moments, à l'ouverture, sur les publications, et aux heures creuses décrites dans l'article sur les sessions.
Un stop protégé est donc d'autant plus coûteux qu'il se déclenche dans un moment agité, ce qui est précisément quand il se déclenche. Ce n'est pas un défaut de l'ordre : c'est la définition de la situation.
Les ordres liés, et le piège de la quantité
La plupart des plateformes proposent de poser, dès l'entrée, un objectif et un stop liés entre eux, de sorte que l'exécution de l'un annule l'autre. Ce mécanisme vaut mieux qu'une surveillance à l'œil, pour une raison qui n'a rien de technique : il fixe la sortie au moment où l'on est encore capable de décider, avant que la position existe. C'est le même principe que celui décrit dansl'article sur la discipline.
Une vérification s'impose pourtant à chaque fois, et elle prend deux secondes : la quantité du stop correspond-elle à la quantité de la position ? Une sortie partielle, un ajout, un aller-retour mal soldé suffisent à désynchroniser les deux. Une position de trois contrats protégée par un stop d'un contrat est une position non protégée pour les deux tiers, et rien à l'écran ne le signale.
Ce qu'on en note dans son journal
Deux colonnes, et la seconde est celle qui apprend quelque chose : le type d'ordre utilisé à l'entrée, et l'écart en points entre le prix visé et le prix obtenu. Après quelques dizaines de trades, additionnez cette colonne. Le total est un coût réel, payé indépendamment de la justesse de l'analyse, et il se compare directement au résultat. Beaucoup découvrent à ce moment que leur méthode est rentable avant coûts et ne l'est plus après. Le dispositif est décrit dansl'article sur le journal.
Points positifs et points négatifs
Ce que ces mécaniques ont pour elles
- Elles sont définies par la bourse, pas par le courtier. Le comportement d'un stop protégé est le même pour tout le monde, quelle que soit la plateforme utilisée.
- La protection évite les exécutions aberrantes. Sans elle, un ordre au marché envoyé dans un carnet vidé pourrait être exécuté très loin du dernier prix.
- Quatre types suffisent. Les variantes proposées par les plateformes sont presque toutes des combinaisons de ces quatre, gérées côté logiciel.
Ce qu'on leur reproche à raison
- La protection est invisible et mal connue. Elle produit des exécutions partielles là où l'on attendait une exécution complète, sans avertir.
- Un stop ne garantit pas un prix, et la formulation courante « placer un stop à tel niveau » entretient l'illusion inverse.
- Un stop-limite peut ne pas être exécuté du tout, précisément dans le mouvement rapide contre lequel il était censé protéger.
- Le glissement est un coût récurrent et rarement compté, parce qu'il n'apparaît sur aucun relevé sous ce nom.
- Nous ne publions aucune statistique. Nous n'avons mesuré aucun glissement moyen et n'en avançons aucun.
En un paragraphe
Quatre types d'ordres suffisent, et tous arbitrent entre être exécuté et connaître son prix. Sur Globex, deux mécaniques changent ce qu'on croit savoir : les ordres au marché sont bornés par une fourchette de protection et peuvent rester partiellement exécutés, et un stop n'est pas un ordre dans le carnet mais un déclencheur, ce qui explique qu'il glisse. Le coût de tout cela se mesure en une colonne de journal, l'écart entre le prix visé et le prix obtenu, et ce total se compare au résultat.
Pour aller plus loin
- Le carnet d'ordres, où vivent les ordres à cours limité et pas les stops.
- La liquidité, pour ce que le déclenchement des stops produit.
- Les sessions, qui expliquent quand le glissement se creuse.
- Le contrat future, pour traduire ces points en argent.
- Débuter sur les futures, si vous n'avez pas encore passé d'ordre.
Sources
- CME Group, « Order Types for Futures and Options », documentation des systèmes clients. Définitions du Limit, du Stop-Limit et du Stop with Protection : un ordre stop n'entre pas immédiatement dans le carnet et doit être déclenché par une transaction au niveau indiqué ; le stop-limite entre alors comme ordre à cours limité, le stop protégé comme ordre au marché borné par une fourchette égale au prix de déclenchement augmenté ou diminué des points de protection. ⚠️ Page consultée via son indexation : le serveur du CME refuse l'accès automatisé direct. Aucun chiffre de fourchette n'est repris ici, ces valeurs étant propres à chaque contrat et révisables par la bourse.cmegroup.com
- CME Group, « Protection Functionality for Market & Stop Orders ». Les ordres au marché sont exécutés à l'intérieur d'une fourchette dite protégée, calculée en ajoutant les points de protection à la meilleure offre pour un achat et en les retranchant de la meilleure demande pour une vente, afin d'éviter les exécutions à des prix extrêmes. ⚠️ Même réserve d'accès que ci-dessus.cmegroup.com
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