Aller au contenu

La pratique

Comment tenir un journal de trading utile quand on passe un challenge prop firm

Votre plateforme enregistre déjà vos résultats. Un journal sert à autre chose : noter un comportement modifie ce comportement, et c'est le seul effet sur lequel on peut compter.

Qu'est-ce qu'un journal de trading

Un journal de trading est un enregistrement de décisions. Ce n'est pas un relevé de performance, et c'est la confusion qui rend la plupart des journaux inutiles au bout de trois semaines.

La distinction est simple à poser. Votre plateforme connaît déjà, mieux que vous, l'heure d'entrée, le prix, la taille, l'heure de sortie et le résultat. Recopier ces cinq informations à la main produit un deuxième relevé, moins fiable que le premier, et qui n'apprend rien. Ce que la plateforme ne sait pas, et ne saura jamais, c'est pourquoi vous êtes entré, ce qui aurait dû vous en empêcher, et ce que vous avez fait de votre stop quand le prix s'en est approché.

Un journal utile contient donc surtout des choses écrites avant de connaître l'issue du trade. C'est la seule partie du journal qu'il est impossible de réécrire après coup, et c'est pour cette raison qu'elle a de la valeur.

Comment bien le tenir

Trois moments, et le premier est le plus important

Avant l'entrée. Trois phrases, pas plus : pourquoi ce trade, qu'est-ce qui l'invalide, où est le stop et où est l'objectif. La deuxième est celle que presque tout le monde saute et c'est la seule qui ne peut pas être maquillée ensuite. Un trade dont on n'a pas su écrire ce qui l'invalidait est un trade dont on ne pourra pas dire, le soir, s'il était bon.

Pendant. Rien. Écrire pendant qu'une position est ouverte consomme l'attention au moment où elle sert le plus, et le texte produit à ce moment est de toute façon le plus faux de la journée.

Juste après la sortie. Ce qui s'est réellement passé, comparé à ce qui était écrit avant. Une phrase suffit si elle porte sur l'écart : « sorti avant l'objectif parce que ça stagnait », « stop déplacé une fois », « sorti comme prévu ».

Les champs qui survivent

Un journal à vingt colonnes est abandonné. Voici l'ensemble minimal qui tient dans le temps, et chaque ligne a une raison d'être là :

  • Date, heure d'entrée, instrument, sens. L'identification, rien de plus.
  • Contexte de séance en une phrase. Ce qui rend le trade relisible six mois plus tard.
  • Raison d'entrée. Une phrase. Si elle en demande cinq, la raison n'est pas claire.
  • Ce qui invalide. Écrit avant. Non négociable.
  • Stop initial et objectif initial. En prix, tels que placés.
  • Stop déplacé ? dans quel sens ? La colonne la plus révélatrice du lot.
  • Résultat en R, c'est-à-dire en multiples du risque initial.
  • Méthode ou hors méthode. Un trade hors méthode gagnant reste hors méthode.
  • Une phrase d'après-coup. Sur la décision, pas sur l'émotion.

Sur le résultat, un point mérite d'être appuyé : en R, pas en euros. Deux raisons. La première est technique : un montant en euros dépend de la taille du compte, donc il empêche de comparer une phase de challenge à un compte financé, alors que c'est exactement la comparaison qui vous intéresse. La seconde est comportementale : un nombre d'euros appelle une réaction, un nombre de R appelle une lecture. Ce n'est pas un détail de présentation, c'est ce qui permet de relire une série de pertes sans la revivre.

Commencer par une seule colonne, pas par le tableau complet

Contre-intuitif, et c'est pourtant le résultat le mieux établi sur le sujet : en psychologie comportementale, l'effet de l'auto-observation sur le comportement observédiminue quand on observe plusieurs choses à la fois. Hayes et Cavior, en 1977, ont comparé des participants notant un, deux ou trois comportements, et ont trouvé un effet significativement plus fort quand un seul était noté.

La conséquence pratique renverse l'ordre habituel. Le tableau de neuf colonnes ci-dessus est la destination, pas le point de départ. Choisissez la colonne qui vous concerne le plus, tenez-la seule pendant deux semaines, puis ajoutez la suivante. Un journal complet tenu à moitié agit moins qu'une colonne unique tenue entièrement.

Le moment de l'écriture : deux règles opposées, et il faut les deux

C'est le point le plus utile de cet article, et celui qu'on ne trouve nulle part dans la littérature de trading. La recherche sur l'auto-observation distingue deux effets distincts du fait de noter, et ils ne demandent pas le même moment.

Pour changer le comportement, il faut noter avant. Kanfer a émis en 1970 l'hypothèse que l'effet est renforcé si l'enregistrement précède le comportement plutôt qu'il ne le suit, son raisonnement étant que l'acte de noter interrompt la chaîne de comportements qui mène au comportement visé et fonctionne comme une réponse alternative. L'hypothèse a été vérifiée : quand des fumeurs ont reçu pour consigne de noter leur cigarette juste avant de l'allumer, l'effet a augmenté.

Transposé, cela donne une raison mécanique à la note d'avant-trade, et ce n'est pas la raison qu'on avance d'habitude. Écrire ce qui invalide le trade avant d'entrer ne sert pas seulement à pouvoir se relire : l'écriture est elle-même le frein. Elle s'insère dans l'enchaînement qui conduit à l'entrée impulsive, et elle occupe la place de l'action.

Pour obtenir des données exactes, il faut noter juste après. Les conditions qui maximisent l'exactitude d'un relevé ne sont pas les mêmes que celles qui maximisent son effet, et sur ce point précis elles s'opposent : l'exactitude est meilleure quand l'enregistrement est fait dès que possible après le comportement.

Les deux règles ne se départagent pas, parce qu'elles ne servent pas à la même chose. D'où la structure en trois moments proposée plus haut, qui n'est pas une commodité : la note d'avant existe pour son effet sur la décision, la note d'après existe pour la qualité de la mesure. Et dans les deux cas, le soir est le pire moment, parce qu'il rate les deux. Un journal rempli le soir est rempli de mémoire, et la mémoire a déjà réécrit le trade dans le sens de son résultat : un gagnant devient un trade bien lu, un perdant devient de la malchance, et les deux récits sont sincères.

Le libellé de la colonne décide du sens dans lequel vous dérivez

Encore un résultat que sa simplicité rend facile à négliger. L'effet de l'auto-observation suit la valence du comportement observé : ce qui est perçu comme souhaitable augmente en fréquence, ce qui est perçu comme indésirable diminue.

La démonstration est nette parce qu'elle porte sur un comportement unique. Kazdin, en 1974, a attribué une valence différente au même comportement cible selon les participants. Noter ce comportement l'a fait augmenter chez ceux à qui on l'avait présenté comme positif, et diminuer chez ceux à qui on l'avait présenté comme négatif. Des résultats de même sens ont été obtenus ensuite sur d'autres comportements, et sur des comportements que les participants avaient eux-mêmes qualifiés de positifs ou de négatifs.

Donc le libellé de vos colonnes n'est pas de la présentation, c'est un réglage de direction. « Trades conformes à ma méthode » est un compteur de quelque chose de souhaitable, et il a tendance à monter. « Entrées prises sans avoir écrit ce qui invalide » est un compteur de quelque chose d'indésirable, et il a tendance à baisser. Les deux sont utiles, mais il faut choisir le libellé en fonction du sens voulu, et non l'inverse. Un journal dont toutes les colonnes comptent des fautes agit sur les fautes ; il ne construit rien.

Deux précautions, parce que la littérature n'est pas unanime sur tout. D'abord l'effet est plus marqué chez les personnes qui veulent réellement changer le comportement qu'elles notent : noter ce qui vous est indifférent ne produit pas grand-chose. Ensuite, sur l'exactitude du relevé des comportements négatifs, les résultats sont contradictoires. Kanfer a avancé en 1977 que l'exactitude est moindre pour les comportements mal vus, parce que l'auto-évaluation négative qu'ils déclenchent pousse à éviter de les observer et de les noter, ce qu'une étude sur des enfants a confirmé. Une autre, sur des étudiantes, a trouvé le contraire. Retenez la prudence, pas la conclusion : le trade que vous risquez le plus de ne pas noter est celui qui vous contrarie, mais ce n'est pas démontré partout.

Le tenir sous les deux minutes, sinon il mourra

Une cible chiffrée, et elle est basse : environ une minute avant le trade, une minute après. Si votre journal demande dix minutes par trade, il ne sera pas tenu dans un mois, et ce n'est pas un défaut de discipline.

La recherche sur l'auto-enregistrement documente ce décrochage plutôt qu'elle ne le suppose. La revue systématique la plus large sur le sujet en nutrition constate que l'assiduité décroît nettement au fil des essais recensés, la fréquence d'enregistrement de la seconde moitié d'une intervention tombant à environ la moitié de celle de la première. La raison avancée est toujours la même : la pratique est laborieuse et demande une motivation interne soutenue. Autrement dit, le risque principal qui pèse sur un journal n'est pas qu'il soit mal conçu, c'est qu'il soit trop lourd pour la quatrième semaine. Concevez-le pour la quatrième semaine, pas pour l'enthousiasme du premier jour.

Ce qu'il ne faut pas y mettre

  • Une capture d'écran de chaque trade. Elles ne seront pas relues. Une capture ne se cherche pas, ne se trie pas, ne s'additionne pas. Gardez-en pour les cas litigieux, pas pour la routine.
  • Le résultat en euros en tête de colonne. C'est le chiffre qui attire l'œil et qui empêche de lire le reste.
  • Un journal d'humeur détaché des décisions. « J'étais tendu » n'est exploitable que rattaché à un acte : « j'étais tendu et j'ai réduit ma taille de moitié sans raison de plan ».

La relecture hebdomadaire, vingt minutes, trois questions

Un journal qu'on remplit sans le relire est un journal qui ne sert à rien, et c'est un cas plus fréquent que le journal non tenu. Une séance hebdomadaire courte suffit, avec trois questions et rien d'autre :

  • Combien de trades étaient hors méthode, et qu'avaient-ils en commun ?
  • Sur combien de trades le stop a-t-il été déplacé, et dans quel sens ?
  • Une seule règle à modifier pour la semaine prochaine. Une, pas trois.

La troisième question est celle qui fait le travail, et elle a une justification précise. L'effet de l'auto-observation est amplifié par trois choses documentées : se fixer un objectif chiffré sur le comportement noté, recevoir un retour sur ses propres chiffres, et obtenir quelque chose en contrepartie du changement. Kazdin a montré en 1974 que des participants à qui l'on donnait un objectif chiffré produisaient davantage le comportement visé, et que ceux qui pouvaient voir leur propre compteur en produisaient davantage encore.

Une relecture qui se contente de constater n'active donc que la moitié du mécanisme. Sortez-en avec un nombre : « la semaine prochaine, zéro entrée sans avoir écrit ce qui l'invalide », et comparez-le au réel le lundi suivant. C'est cette boucle, et non le remplissage, qui produit l'effet.

Les trois manières de le rater

Le journal de vitrine, qui ne contient que les trades dont on est fier. Il se repère à un détail : le nombre de lignes du journal est inférieur au nombre d'exécutions du relevé. Comparez les deux comptes une fois par mois, c'est instantané.

Et ce contrôle vaut plus que ce qu'il révèle. Le résultat le plus constamment répliqué sur l'exactitude des relevés personnels est celui-ci : les gens notent plus exactement quand ils savent que leur relevé sera vérifié, même si la vérification n'a lieu que de temps en temps. Décidez donc que vous comparerez les deux comptes le premier lundi de chaque mois, et le simple fait de le savoir améliore les quatre semaines qui précèdent. Le contrôle n'a pas besoin d'être systématique pour agir, il a besoin d'être attendu.

Le journal exhaustif, qui contient tout et n'est jamais relu. Il est plus difficile à admettre parce qu'il ressemble à du sérieux.

Le journal qui est un second relevé, qui recopie ce que la plateforme sait déjà et rien de ce qu'elle ignore. C'est le plus courant des trois.

Pourquoi on le fait, et ce que ça change

Il sépare la qualité de la décision de son résultat

C'est le seul effet qu'un journal produit mécaniquement, et il est suffisant pour justifier l'effort. Sans journal, la seule information disponible sur un trade est son issue, donc le jugement suit l'issue : gagnant égale bon. Avec un plan écrit avant l'entrée, les quatre cas se séparent, et deux d'entre eux sont ceux qui apprennent quelque chose : le trade bien exécuté qui perd, et le trade mal exécuté qui gagne. Le second est le plus dangereux de tous, parce qu'il récompense ce qui ne devrait pas l'être, et il est invisible sans trace écrite.

La réactivité : l'instrument de mesure modifie ce qu'il mesure

C'est le mécanisme, et il porte un nom. En psychologie comportementale, l'auto-observation désigne une procédure d'évaluation dans laquelle la personne collecte elle-même ses données, dans son environnement ordinaire, en deux temps distincts : repérer que le comportement vient de se produire, puis le consigner. Ces deux réponses sont considérées comme indépendantes, et rien n'oblige la seconde à bien suivre la première.

La réactivité est le changement de fréquence du comportement observé qui résulte du seul fait de l'observer. Ce que ce champ de recherche a établi mérite d'être cité dans son ordre d'origine, parce qu'il est contre-intuitif : la réactivité est d'abord considérée comme un problème. Quand l'auto-observation sert à mesurer, la réactivité est une nuisance, puisque la méthode de mesure altère la fréquence de ce qu'elle mesure. Mais ces changements se produisent dans la direction thérapeutique, et c'est pour cette raison que l'auto-observation a fini par être utilisée comme un traitement à part entière, et pas seulement comme un instrument.

Voilà la réponse à la question « pourquoi un journal changerait-il quoi que ce soit ». Pas parce qu'il vous apprend quelque chose, pas parce que vous le relisez : parce que l'acte de noter modifie ce qui est noté, et le modifie dans le sens souhaité. Cet effet a été documenté sur un éventail large de comportements cliniques, des ruminations à l'insomnie en passant par la consommation d'alcool. Un journal de trading est, de ce point de vue, un instrument qui perturbe sa propre mesure, et c'est précisément ce qu'on lui demande.

Le résultat qui devrait vous soulager : l'exactitude n'est pas nécessaire

Celui-ci mérite d'être détaché du reste, parce qu'il contredit ce que tout le monde croit. Exactitude et réactivité sont deux processus largement indépendants : il y a peu de correspondance entre l'exactitude d'un relevé et l'ampleur de son effet, etl'exactitude n'est pas nécessaire pour que l'effet se produise.

Autrement dit, un journal approximatif agit quand même. Trois jours oubliés ne l'annulent pas. Une estimation à la place d'un chiffre exact ne l'annule pas. Ce qui l'annule, c'est de s'arrêter, et la principale raison de s'arrêter est le sentiment que le relevé n'est plus assez propre pour valoir la peine. Ce sentiment est faux, et c'est la littérature qui le dit, pas nous.

Une réserve honnête tout de même : l'exactitude reste nécessaire pour l'autre usage du journal, celui qui consiste à mesurer quelque chose chez soi et à en tirer une décision. Un relevé approximatif change le comportement mais ne permet pas de calculer un ratio. Les deux usages coexistent dans le même carnet et n'ont pas les mêmes exigences.

Ce que mesure le corpus qui se rapproche le plus du trading

L'objection restante est la bonne : tout ce qui précède porte sur des comportements cliniques ou quotidiens, pas sur des décisions prises sous incertitude par des praticiens. Il existe un corpus qui porte précisément là-dessus, et il est quantifié.

Les débriefings, aussi appelés revues après action, systématisent la réflexion, la discussion et la fixation d'objectifs pour produire un apprentissage par l'expérience. Ils sont utilisés depuis des décennies par l'armée américaine, puis en médecine et en aéronautique. Une méta-analyse de 2013 a rassemblé 46 échantillons, pour un total de 2 136 personnes, et conclut qu'un débriefing correctement conduit améliore l'efficacité d'environ 25 % par rapport à un groupe témoin.

Le détail qui compte pour nous n'est pas ce pourcentage, c'est la robustesse annoncée autour de lui. Les tailles d'effet moyennes sont semblables pour les équipes etpour les individus, en situation simulée comme en situation réelle, et pour les échantillons médicaux comme non médicaux. C'est cette insensibilité au contexte qui autorise à prendre le résultat au sérieux ailleurs que là où il a été mesuré. Les auteurs relèvent par ailleurs un effet renforcé par l'alignement entre les participants, l'objet et le niveau de mesure, ainsi que par la structure et l'animation du débriefing.

La relecture hebdomadaire décrite plus haut est un débriefing individuel structuré. Ce n'est pas une analogie de confort : c'est la même intervention, avec les mêmes ingrédients, réflexion sur une expérience passée et fixation d'un objectif chiffré pour la suivante.

Ce que rien de tout cela ne démontre

Il faut être précis ici, parce que c'est l'endroit où les articles sur le sujet s'autorisent le plus de libertés.

  • Aucun de ces travaux ne porte sur le trading. Ni la psychologie comportementale, ni la méta-analyse sur les débriefings, ni la littérature nutritionnelle. Personne n'a démontré qu'un journal de trading rend un trader rentable, et nous n'avons aucune statistique à opposer à cette absence.
  • Les 25 % ne sont pas 25 % de performance de trading. C'est un gain d'efficacité mesuré dans des contextes de formation et de travail, sur les critères propres à ces contextes. Transposer ce nombre à un compte de trading serait exactement la faute que cet article reproche aux autres.
  • Ce qui a été mesuré est structuré, et souvent animé par un tiers. Un carnet tenu seul, sans structure et sans relecture, est la version la plus faible de l'intervention étudiée. C'est une raison de structurer, pas une raison d'y renoncer.
  • Ce qui se transpose est un mécanisme, pas un chiffre. La réactivité, la dépendance à la valence, l'avantage de la cible unique, l'opposition entre le moment qui change le comportement et le moment qui produit de bonnes données. Un article qui vous annonce un pourcentage d'amélioration grâce au journal a franchi cette limite sans le dire.

Une dernière chose sur ce que nous n'avons pas trouvé, puisque c'est aussi une information. Nous avons cherché du côté de la pratique réflexive en formation professionnelle, où le journal de bord est un outil courant. Les revues disponibles y mesurent surtout des attitudes et la construction de l'identité professionnelle, et rarement la qualité des décisions prises ensuite. Rien n'en a donc été retenu ici. La branche de cette famille qui mesure effectivement la performance est celle des débriefings, citée plus haut.

Ce que ça change spécifiquement en challenge

Un challenge prop firm ne sanctionne pas une mauvaise décision, il sanctionne unesérie : une limite de perte journalière, une limite de perte globale, parfois un seuil de cohérence. Ces règles se violent rarement d'un coup, elles se violent au bout de quatre séances qui se ressemblent.

L'apport du journal est là, et il est concret : il rend une série visible pendant qu'elle se forme. Trois trades hors méthode le mardi ne coûtent rien en eux-mêmes, mais notés, ils se comptent, et une série comptée est une série qu'on peut interrompre. Sans journal, la même série n'est constatée qu'à la violation de règle, c'est-à-dire trop tard. C'est aussi ce qui distingue le journal des deux autres briques de la même rubrique, lemoney management, qui fixe les limites, et le plan de trading, qui fixe les règles : le journal est ce qui mesure l'écart entre les deux et la réalité.

La limite, et le test qui la révèle

Un journal ne change rien par sa seule existence. Il ne corrige aucun biais, il n'améliore aucune lecture de marché, il ne remplace ni règles ni méthode. Il produit de l'information, et l'information ne sert que si une décision en découle.

Le test est direct, et il est désagréable à passer : au cours du dernier mois, une seule de vos règles a-t-elle changé à cause de ce que votre journal a montré ? Si la réponse est non, le journal est une décoration coûteuse en temps. La bonne réaction n'est pas de le tenir plus sérieusement, c'est de réduire ce qu'on y note jusqu'à ce que la relecture hebdomadaire redevienne possible.

Pour aller plus loin

Sources

  • Korotitsch W. J., Nelson-Gray R. O., « An Overview of Self-Monitoring Research in Assessment and Treatment », Psychological Assessment, 1999, vol. 11, nº 4, p. 415-425. Source principale de cet article. Définition de l'auto-observation en deux réponses indépendantes ; définition de la réactivité ; indépendance entre exactitude et réactivité, la première n'étant pas nécessaire à la seconde ; effet de la valence de la cible, démontré par Kazdin (1974) en attribuant des valences différentes au même comportement ; effet plus fort sur une cible unique que sur plusieurs, montré par Hayes et Cavior (1977) ; hypothèse de Kanfer (1970) sur l'enregistrement fait avant plutôt qu'après, vérifiée chez des fumeurs par Rozensky (1974) ; exactitude accrue quand la personne sait que son relevé sera vérifié ; hypothèse de Kanfer (1977) sur l'exactitude moindre des comportements mal vus, confirmée par Nelson et al. (1980) et contredite par Willis et Nelson (1982).doi.org
  • Tannenbaum S. I., Cerasoli C. P., « Do team and individual debriefs enhance performance? A meta-analysis », Human Factors, 2013, vol. 55, nº 1, p. 231-245. 46 échantillons, N = 2 136 ; amélioration d'environ 25 % par rapport à un groupe témoin (d = 0,67) ; tailles d'effet semblables pour les équipes et les individus, en situation simulée et réelle, pour les échantillons médicaux et non médicaux ; effet renforcé par l'alignement, la structure et l'animation.doi.org
  • Compernolle S., DeSmet A., Poppe L., Crombez G., De Bourdeaudhuij I., Cardon G., van der Ploeg H. P., Van Dyck D., « Effectiveness of interventions using self-monitoring to reduce sedentary behavior in adults: a systematic review and meta-analysis », International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2019, vol. 16, art. 63. L'auto-enregistrement y est défini, d'après Michie, comme le fait de tenir un relevé d'un comportement donné dans le but de le modifier. Les effets significatifs ne sont trouvés que lorsque des outils d'enregistrement objectifs sont utilisés.doi.org
  • Raber M., Liao Y., Rara A., Schembre S. M., Krause K. J., Strong L., Daniel-MacDougall C., Basen-Engquist K., « A systematic review of the use of dietary self-monitoring in behavioural weight loss interventions: delivery, intensity and effectiveness », Public Health Nutrition, 2021, 24(17), 5885-5913. Les participants tenant au moins 80 % des enregistrements attendus perdent significativement plus de poids que les autres, et l'assiduité décroît au fil de l'intervention.pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  • Berry R. et al., « Does self-monitoring diet and physical activity behaviors using digital technology support adults with obesity or overweight to lose weight? », Obesity Reviews, 2021. Revue systématique avec méta-analyse sur l'enregistrement numérique.doi.org

Le trading comporte un risque de perte en capital. Ce contenu est pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Trader 360 n'est pas un service de signaux et ne promet aucun résultat.Une question sur cet article ?