La pratique
Écrire un plan de trading pour une prop firm
Un plan n'est pas une déclaration d'intentions, c'est un document consulté. La différence se voit à une chose : il contient des nombres, et il tient sur une page.
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Ce qu'est un plan de trading
Un plan de trading est le document qui décide à l'avance ce que vous ferez, pour que vous n'ayez pas à le décider au moment où vous seriez le plus mal placé pour le faire.
Il se distingue de deux voisins avec lesquels on le confond. Il n'est pas lejournal, qui enregistre ce qui s'est passé : le plan est écrit avant, le journal après. Il n'est pas non plus laroutine de séance, qui est le déroulé d'une journée : le plan dit quoi, la routine dit quand.
Le test qui sépare un plan d'un texte d'intention
Ouvrez votre plan et comptez les nombres. Un plan de trading contient des seuils, des distances, des quantités, des heures. S'il contient surtout des adjectifs, « discipliné », « patient », « sélectif », ce n'est pas un plan : c'est un portrait de la personne que vous aimeriez être, et il ne se consulte pas.
Second test, plus sévère : donnez votre plan à quelqu'un qui connaît les marchés mais pas votre méthode, et demandez-lui de dire si un trade que vous venez de prendre était conforme. S'il ne peut pas trancher, vous ne le pourrez pas non plus le soir venu, et votre journal ne mesurera rien.
Comment l'écrire
Les sept sections, et rien d'autre
Un plan tient sur une page. Au-delà, il n'est pas relu, et un plan non relu ne remplit aucune fonction. Voici ce qui doit y figurer, dans l'ordre où l'on en a besoin.
- Un. Ce que je trade. Instruments et plages horaires, en toutes lettres. Une liste fermée. Tout ce qui n'y figure pas n'existe pas pendant la séance.
- Deux. Mes conditions d'entrée. Une liste numérotée de conditions observables, avec le nombre d'entre elles qui suffit. Ce décompte est ce qui permet de trancher sans juger, et il est détaillé dansl'article sur le perfectionnisme.
- Trois. Où va le stop, et ce qui invalide. Une règle de placement, pas un montant. Le stop se déduit de la structure, et la taille s'y adapte.
- Quatre. Où va l'objectif, et quand je sors autrement. Écrit avant l'entrée, sans quoi la sortie se décide en présence du résultat.
- Cinq. Mes nombres de risque. Risque par trade, marge en nombre de trades pour la journée et pour le compte. Leur calcul est dansl'article sur le money management.
- Six. Mes règles d'arrêt. Plancher journalier personnel, nombre maximum de trades, délai après un stop touché. Trois lignes, sous forme conditionnelle.
- Sept. Ce que je ne fais jamais. Trois interdits, pas trente. Typiquement : je n'écarte pas un stop, je ne renforce pas une position perdante, je ne trade pas un instrument absent de la section un.
Écrire chaque règle sous une forme exécutable
Le contenu ne suffit pas, le format décide. Une règle utile désigne un déclencheur observable et un geste unique, sous la forme « si telle situation survient, alors je fais tel geste ». C'est le seul format qui survit au passage du calme à la pression, et la raison en est développée dansl'article sur la discipline.
Repassez vos sept sections à ce filtre. Toute phrase où figure « j'essaierai », « je resterai », « j'éviterai » doit être réécrite ou supprimée.
Le rendre consultable en trois secondes
Un plan rangé dans un fichier est un plan absent. La partie qui sert pendant la séance est courte : les conditions d'entrée, les nombres de risque, les règles d'arrêt. Elle doit être visible sans manipulation, sur papier à côté de l'écran ou dans un coin de l'interface.
Le reste, la justification, l'historique des versions, les réflexions, peut vivre ailleurs. Séparer les deux est ce qui permet de garder la page courte sans perdre le raisonnement.
Le faire évoluer sans le rendre illisible
Une règle par semaine au maximum, décidée à la relecture dujournal et jamais pendant une séance. Datez chaque modification : sans date, il devient impossible de savoir sur quelle version de votre plan vos statistiques ont été produites, et donc impossible de juger si un changement a servi.
Une règle enfreinte à répétition ne se renforce pas, elle se réécrit. Dans la plupart des cas, son déclencheur demandait un jugement.
Ce qui n'a rien à y faire
- Un objectif de gain. Il ne se décide pas, il résulte. Placé dans le plan, il pousse à trader pour l'atteindre, ce qui produit dusurtrading en fin de période.
- Des règles conditionnelles à votre humeur. « Je ne trade pas si je suis fatigué » est inapplicable, parce que l'évaluation se fait par la personne fatiguée. Remplacez par un critère extérieur, une heure de coucher, un nombre d'heures de sommeil, un jour de la semaine.
- La théorie de votre méthode. Elle a sa place ailleurs. Un plan est une aide à la décision, pas un mémoire.
- Plus de trois interdits. Au-delà, aucun n'est retenu.
Pourquoi un document écrit change quelque chose
Ce que la mesure établit, chez des experts sous pression
L'objection sérieuse à tout ce qui précède est qu'un professionnel expérimenté n'a pas besoin d'une liste. Cette objection a été testée, dans un domaine où les conséquences d'une erreur sont autrement plus lourdes qu'en trading.
Entre octobre 2007 et septembre 2008, huit hôpitaux répartis dans huit villes, de Toronto à Ifakara en passant par New Delhi, Amman, Auckland, Manille, Londres et Seattle, ont participé au programme Safe Surgery Saves Lives de l'Organisation mondiale de la santé. Les auteurs ont recueilli les données de 3 733 patients consécutifs avant l'introduction d'une liste de contrôle chirurgicale de dix-neuf points, puis de 3 955 patients consécutifs après.
Le résultat, publié dans le New England Journal of Medicine en 2009 :le taux de décès est passé de 1,5 % à 0,8 %, et les complications survenues pendant l'hospitalisation de 11,0 % à 7,0 %. Les deux écarts sont statistiquement significatifs.
Ce qui frappe n'est pas l'ampleur, c'est la population. Les personnes concernées étaient des chirurgiens et des équipes opératoires, c'est-à-dire des experts entraînés travaillant sur des gestes qu'ils maîtrisaient. Une liste de dix-neuf points, pour l'essentiel des vérifications élémentaires, a modifié leurs résultats. L'argument « je connais ma méthode, je n'ai pas besoin de l'écrire » ne survit pas à cette observation.
La précision qui manque partout ailleurs
Il faut dire ce que cette étude ne démontre pas, parce que c'est rarement dit et que cela change la force de la preuve.
Il s'agit d'une comparaison avant-après, sans groupe témoin tiré au sort. Les auteurs eux-mêmes concluent que la mise en place de la liste était associée à une baisse des décès et des complications, et non qu'elle l'a causée. D'autres changements ont pu accompagner l'introduction de la liste, à commencer par l'attention portée au sujet du fait même de l'étude.
Ce que l'on peut en tirer est donc plus modeste qu'un slogan, et reste substantiel : chez des experts, dans des contextes très divers, l'introduction d'un document de vérification écrit s'accompagne d'une amélioration mesurable des résultats. C'est un argument en faveur du plan, pas une preuve de son efficacité en trading.
Les deux enseignements transposables
La brièveté est un choix technique. Dix-neuf points, pour une opération chirurgicale. Un plan de trading de quatre pages n'est pas plus sérieux qu'un plan d'une page, il est simplement moins consulté.
Les vérifications élémentaires sont celles qui rapportent. La liste de l'OMS fait confirmer l'identité du patient et le site de l'intervention, des choses que personne n'oublie en théorie. C'est exactement l'équivalent de vérifier sa taille de position et sa marge du jour : trivial, connu, et régulièrement omis sous pression.
Ce que ça change en challenge
Un plan écrit produit un effet dont on parle peu et qui est le plus important ici : il rend vos trades comparables entre eux. Sans référence fixe, chaque trade est jugé sur son résultat, et un mois ne se compare pas au précédent puisque les critères ont dérivé entre-temps.
C'est la condition de tout le reste. La mesure de votre espérance, dont dépend le dimensionnement, suppose que les cent derniers trades relèvent de la même méthode. Le plan est ce qui rend cette phrase vraie.
Les limites
- L'étude citée ne porte pas sur le trading, et son objet, la chirurgie, diffère du nôtre sur un point majeur : un geste chirurgical a une procédure correcte connue, un trade n'en a pas.
- Association n'est pas causalité, et les auteurs ne prétendent pas le contraire.
- Un plan excellent appliqué à une méthode sans avantage produit une série de pertes bien exécutées. Le plan rend mesurable, il ne rend pas rentable.
- Aucune donnée de notre journal n'est publiée sur les taux de conformité au plan.
Pour aller plus loin
- La discipline, pour le format exact de chaque règle.
- La routine de séance, pour le déroulé qui exécute le plan.
- Le money management, d'où sortent les nombres de la section cinq.
- Tenir un journal, qui mesure l'écart entre le plan et le réel.
- Le perfectionnisme, pour le décompte des conditions d'entrée.
Sources
- Haynes A. B., Weiser T. G., Berry W. R., Lipsitz S. R., Breizat A. H., Dellinger E. P., Herbosa T., Joseph S., Kibatala P. L., Lapitan M. C., Merry A. F., Moorthy K., Reznick R. K., Taylor B., Gawande A. A., pour le Safe Surgery Saves Lives Study Group, « A surgical safety checklist to reduce morbidity and mortality in a global population », The New England Journal of Medicine, 2009, vol. 360, nº 5, p. 491-499. Huit hôpitaux dans huit villes, 3 733 patients avant et 3 955 après l'introduction d'une liste de contrôle de dix-neuf points. Taux de décès de 1,5 % avant et 0,8 % après ; complications de 11,0 % à 7,0 %. Les auteurs concluent à une association, l'étude étant une comparaison avant-après sans groupe témoin tiré au sort.doi.org
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