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La psychologie

Le perfectionnisme : attendre le signal parfait

Chercher la meilleure option possible plutôt qu'une option suffisamment bonne a un nom en psychologie de la décision, et un coût documenté. Ce coût n'est pas là où on le croit.

Ce qu'est le perfectionnisme en trading

Il ne se présente jamais comme un défaut, et c'est ce qui le rend difficile à attraper. Il se présente comme de la sélectivité, et la sélectivité est une qualité. La différence tient à un seul point : le perfectionniste n'a pas de seuil.

Un trader sélectif a des critères, et quand ils sont réunis, il entre. Un trader perfectionniste a des critères et, quand ils sont réunis, il en trouve un de plus : le volume aurait pu être meilleur, la bougie précédente n'était pas idéale, il vaudrait mieux attendre confirmation. Les critères ne sont jamais tous réunis parce qu'il n'est pas prévu qu'ils le soient.

Les trois formes qu'il prend

  • L'abstention. Des journées entières sans trade, non parce que le marché n'offrait rien, mais parce que rien n'était assez net. C'est la forme visible.
  • L'entrée retardée. On attend une confirmation de plus, et on entre au moment où le mouvement est déjà fait. Cette forme rejoint mécaniquement lapeur de manquer, et c'est un point important : l'attente excessive et l'entrée tardive sont souvent le même trade.
  • La reconstruction permanente de la méthode. On ne trade pas, on optimise. Chaque semaine apporte un réglage, donc chaque semaine repart de zéro en nombre de trades observés, donc aucune version n'est jamais évaluée.

Comment sortir de l'attente

Écrire un seuil de suffisance, en nombre de conditions

C'est le geste central, et il consiste à remplacer une exigence ouverte par un décompte fermé. Listez les conditions de votre configuration, puis décidez combien d'entre elles suffisent. Non pas lesquelles sont idéales, mais combien sont nécessaires.

Par exemple : quatre conditions listées, trois suffisent pour entrer. Le nombre trois est alors une règle, ce qui veut dire qu'elle ne se renégocie pas au moment de l'entrée. Sans ce décompte, la question « est-ce assez bon ? » se repose à chaque fois, et elle se repose dans un état où l'on est précisément en train d'hésiter.

La forme conditionnelle décrite dansl'article sur la disciplines'applique directement : si trois de mes quatre conditions sont réunies, alors je passe l'ordre. Le déclencheur est un décompte, il se vérifie sans jugement.

Mesurer ce que l'attente coûte, avec la colonne des trades non pris

Le perfectionnisme est le seul comportement de cette rubrique dont le coût estinvisible dans un relevé de compte. Un trade non pris ne laisse aucune trace : il n'apparaît ni en perte ni en gain. Un trader qui passe à côté de la moitié de ses occasions a un relevé irréprochable.

D'où une colonne à ajouter aujournal, et c'est la seule qui concerne des trades qui n'existent pas : les configurations valides que vous avez laissées passer, avec le résultat qu'elles auraient donné en appliquant vos règles. Trois informations suffisent, l'heure, le motif de l'abstention, et l'issue.

Au bout d'un mois, deux nombres se dégagent : combien d'occasions vous avez laissées passer, et ce qu'elles auraient produit. Si le second est négatif, votre prudence est justifiée et ce sujet ne vous concerne pas. S'il est nettement positif, vous avez chiffré un coût que personne ne pouvait voir, y compris vous.

Distinguer le motif réel de l'abstention

La colonne « motif » ci-dessus mérite un traitement particulier, parce que trois motifs très différents s'y cachent et qu'ils n'appellent pas la même réponse.

  • Une condition manquait réellement. Abstention correcte, rien à corriger.
  • Toutes les conditions étaient là mais « ça ne me plaisait pas ».C'est le perfectionnisme pur. Si ce motif revient souvent, votre méthode contient un critère non écrit, et il faut soit l'écrire soit cesser de l'appliquer. Un critère non écrit est ingérable : il ne se teste pas, ne se compte pas, et sert surtout à justifier après coup.
  • La peur après une perte récente. Ce n'est pas du perfectionnisme, c'est la prudence documentée qui suit une perte actée, et elle est traitée dansl'article sur la reprise.

Fixer un nombre minimum de trades, avec prudence

Un plancher de trades est la contrepartie du plafond décrit dansl'article sur le surtrading, et il doit être manipulé avec plus de précaution, parce qu'il pousse à l'action au lieu de la freiner.

Il ne s'agit pas de s'obliger à trader : un plancher qui force à prendre une configuration absente crée un problème pire que celui qu'il résout. Il s'agit de s'obliger à constater. Si le nombre de trades pris est nettement inférieur au nombre de configurations valides apparues, le décalage devient un point de la relecture hebdomadaire, sans qu'aucun trade ne soit imposé.

La fausse correction : baisser tous ses critères

Le perfectionniste qui décide de « se lâcher » se met à prendre des configurations qu'il refusait, et bascule en quelques jours dans lesurtrading. Il conclut alors que sa prudence initiale était justifiée, et revient à une attente encore plus stricte. C'est un aller-retour classique, et il ne se résout pas en choisissant un camp.

La correction passe par le décompte, qui est fixe, et non par le niveau d'exigence, qui est élastique par nature.

Pourquoi l'attente ne produit pas de meilleures décisions

Maximiser ou se satisfaire

La psychologie de la décision distingue deux manières d'aborder un choix. Lemaximisateur cherche la meilleure option possible, ce qui suppose d'examiner les possibilités jusqu'à être certain qu'aucune meilleure n'existe. Lesatisfaiseur se fixe un seuil de suffisance et retient la première option qui le franchit.

Barry Schwartz et ses collègues ont publié en 2002, dans le Journal of Personality and Social Psychology, une série d'études qui mesurent ces dispositions. Leur question de départ était de savoir si l'augmentation du nombre d'options pouvait rendre certaines personnes moins satisfaites, et leur réponse est que oui, les maximisateurs.

Sur sept échantillons, ils établissent des corrélations négatives entre la maximisation et le bonheur, l'optimisme, l'estime de soi et la satisfaction de vie, et des corrélations positives entre la maximisation et la dépression, leperfectionnisme et le regret. Les études suivantes montrent que les maximisateurs sont moins satisfaits de leurs décisions que les satisfaiseurs, plus enclins à se comparer aux autres, plus affectés par les comparaisons défavorables, et plus sensibles au regret.

Le point exact que cette recherche établit, et celui qu'elle n'établit pas

Il faut être précis, parce que c'est ici qu'un texte paresseux irait trop loin.

Ce qui est établi porte sur la satisfaction et le vécu : chercher la meilleure option produit plus de regret et moins de satisfaction, et s'accompagne de perfectionnisme. Ce qui n'est pas établi par ce travail, c'est que les maximisateurs obtiennent des résultats objectivement moins bons. Ce n'est pas ce qui a été mesuré, et prétendre le contraire serait inventer.

La conséquence pour un trader est donc plus fine qu'un slogan. Attendre la configuration parfaite ne dégrade pas nécessairement la qualité des trades pris ; cela dégrade le rapport à la décision, en multipliant les occasions de regretter. Or le regret est exactement le carburant des deux comportements voisins : il alimente la peur de manquer, qui est le regret d'un gain non pris, et il nourrit la remise en cause permanente de la méthode.

Le coût propre au trading, qui lui n'est pas dans l'étude

Un coût s'ajoute, et il est arithmétique plutôt que psychologique. Une méthode ne se juge que sur un nombre suffisant de trades, comme l'expliquel'article sur les séries de pertes. Quelqu'un qui prend trois trades par mois n'accumulera pas en un an assez d'observations pour savoir si sa méthode vaut quelque chose.

L'attente n'a donc pas seulement un coût d'occasions manquées, elle a un coût d'apprentissage : elle prive de l'échantillon sans lequel aucune conclusion n'est possible. C'est notre raisonnement, pas un résultat de la recherche citée, et il est présenté comme tel.

Ce que ça change

Le renversement utile tient en une phrase : la question n'est pas de savoir si cette configuration est la meilleure, mais si elle franchit le seuil. La première question n'a pas de réponse, puisqu'on ne connaîtra jamais les configurations qui n'ont pas encore eu lieu. La seconde se tranche en quelques secondes.

C'est aussi ce qui permet de tenir une méthode : un seuil fixe rend les trades comparables entre eux, donc évaluables. Une exigence qui monte avec l'expérience rend chaque mois incomparable au précédent.

Les limites

  • Cette recherche ne porte pas sur des traders, mais sur des choix de consommation et des situations expérimentales.
  • Elle mesure des corrélations, pas des relations de cause à effet. Que maximisation et regret aillent ensemble ne dit pas lequel produit l'autre.
  • Elle ne dit rien de la performance. Répété parce que c'est l'erreur la plus facile à commettre sur ce sujet.
  • Être exigeant n'est pas un défaut. Rien ici ne recommande de baisser ses critères. Ce qui est recommandé est d'en fixer le nombre et de ne plus y revenir pendant la séance.
  • Aucune donnée de notre journal n'est publiée, y compris sur les occasions non prises.

Pour aller plus loin

Sources

  • Schwartz B., Ward A., Monterosso J., Lyubomirsky S., White K., Lehman D. R., « Maximizing versus satisficing: happiness is a matter of choice », Journal of Personality and Social Psychology, 2002, vol. 83, nº 5, p. 1178-1197. Sept échantillons établissent des corrélations négatives entre la maximisation et le bonheur, l'optimisme, l'estime de soi et la satisfaction de vie, et positives entre la maximisation et la dépression, le perfectionnisme et le regret. Les maximisateurs se révèlent moins satisfaits de leurs décisions que les satisfaiseurs, plus enclins à la comparaison sociale, plus affectés par les comparaisons défavorables et plus sensibles au regret.doi.org

Le trading comporte un risque de perte en capital. Ce contenu est pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Trader 360 n'est pas un service de signaux et ne promet aucun résultat.Une question sur cet article ?