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La psychologie

Le biais de disposition : pourquoi on coupe ses gains et on garde ses pertes

C'est le biais le plus documenté du comportement des investisseurs, et le seul dont vous pouvez calculer votre propre mesure à partir de votre journal. La partie utile de cet article est ce calcul.

Qu'est-ce que le biais de disposition

Le biais de disposition est la tendance à réaliser ses gains trop tôt et à conserver ses pertes trop longtemps. Le terme est de Hersh Shefrin et Meir Statman, qui l'ont posé en 1985 dans The Journal of Finance, sous un titre qui est déjà la définition : la disposition à vendre les gagnants trop tôt et à chevaucher les perdants trop longtemps.

Leur apport n'est pas d'avoir constaté le phénomène, mais d'avoir expliqué pourquoi l'aversion aux pertes ne suffit pas à en rendre compte. Le cadre qu'ils proposent combine quatre éléments : la comptabilité mentale, c'est-à-dire le fait de traiter chaque position comme un compte séparé avec son propre résultat ; l'aversion au regret, qui rend la clôture d'une perte douloureuse parce qu'elle transforme une erreur potentielle en erreur constatée ; les problèmes de maîtrise de soi ; et les considérations fiscales.

Le point de bascule est là, et il est facile à manquer : tant qu'une position perdante reste ouverte, la perte n'est pas constatée. Elle reste, dans la comptabilité mentale, un compte encore susceptible de revenir à l'équilibre. Fermer la position, c'est convertir une possibilité en fait. Le biais ne porte donc pas sur le prix, il porte sur le moment où l'on accepte d'inscrire le résultat.

Comment le repérer chez soi, et le corriger

Presque tout ce qui s'écrit sur ce biais s'arrête à la description, ce qui laisse le lecteur avec une étiquette et rien à en faire. La partie utile commence ici : le biais se mesure, et il se mesure sur vos propres trades.

Deux indices faciles, à lire dans son journal

La durée de détention. Comparez la durée moyenne de vos trades gagnants et celle de vos trades perdants. Si les perdants sont tenus nettement plus longtemps, vous avez la signature du biais sous les yeux. C'est le test le plus rapide et il ne demande que deux colonnes.

Le gain moyen contre la perte moyenne. Si votre perte moyenne dépasse votre gain moyen alors que vos stops étaient placés avant l'entrée et vos objectifs plus larges que vos stops, l'arithmétique ne laisse qu'une explication : les stops n'ont pas tenu. Ils ont été déplacés, ou retirés. C'est exactement l'information que porte la colonne « stop déplacé, dans quel sens » d'unjournal tenu correctement.

La mesure propre : calculer son propre PGR et son propre PLR

Les deux indices précédents sont des indices. La mesure établie du biais est un rapport de deux proportions, et c'est celle qu'utilise la littérature. Elle est calculable à la main, à condition de noter ses positions ouvertes en fin de journée.

Pour chaque journée de trading, comptez quatre choses : les gains réalisés, c'est-à-dire les positions gagnantes que vous avez fermées ; les gains sur le papier, c'est-à-dire les positions encore ouvertes qui sont en gain ; les pertes réalisées ; et les pertes sur le papier. Puis :

  • PGR, proportion de gains réalisés = gains réalisés divisés par (gains réalisés + gains sur le papier).
  • PLR, proportion de pertes réalisées = pertes réalisées divisées par (pertes réalisées + pertes sur le papier).

Cumulez les compteurs sur plusieurs semaines avant de diviser, sinon le rapport est du bruit. Ensuite, lisez le rapport PGR sur PLR. S'il vaut à peu près 1, vous soldez vos gagnants et vos perdants avec la même facilité. S'il est nettement supérieur à 1, vous réalisez vos gains plus volontiers que vos pertes, et vous avez votre chiffre. Pas celui d'une étude sur des investisseurs américains des années 1990 : le vôtre, sur votre instrument et votre horizon.

Une précision qui évite un faux résultat : ce calcul suppose que vous ayez des positions ouvertes en fin de journée. Un trader strictement intraday, qui solde tout avant la clôture, aura un PGR et un PLR tous les deux égaux à 1, ce qui ne signifie pas qu'il est indemne. Dans ce cas, remplacez la fin de journée par un horizon plus court qui a un sens chez vous, par exemple un relevé toutes les trente minutes de position ouverte, et appliquez la même formule. Le principe est le même : comparer ce qu'on ferme à ce qu'on garde, à un moment où l'on avait le choix des deux.

Les quatre corrections, dans l'ordre de leur effet

Un. Écrire le stop et l'objectif avant d'entrer. Avant, c'est-à-dire avant que le prix ne bouge et que le résultat n'existe. Un niveau décidé une fois la position ouverte est décidé en présence du biais, et il en porte la marque.

Deux. Une seule asymétrie autorisée sur le stop : il peut se rapprocher de l'entrée, jamais s'en éloigner. Cette règle mérite d'être écrite en dur dans un plan plutôt que laissée au jugement, parce qu'éloigner un stop est le biais de disposition, dans sa forme la plus pure. Ce n'est pas une décision qui se trouve influencée par le biais, c'en est l'exécution.

Trois. Sortir la décision de sortie du moment de la sortie. Un ordre placé à l'avance exécute ce que vous avez décidé quand vous étiez disponible pour décider. Une sortie manuelle exécute ce que vous ressentez au moment où le prix s'approche du niveau, ce qui n'est pas la même chose.

Quatre. Ne jamais renforcer une position perdante. Moyenner à la baisse est la forme la plus coûteuse du biais : cela reporte la constatation de la perte et augmente simultanément la taille exposée. Les deux effets vont dans le même sens, et il est mauvais.

Le geste qui change le plus, et qui ne coûte rien

Le biais se nourrit d'un point de référence : le prix auquel vous êtes entré. C'est par rapport à lui qu'une position est « en gain » ou « en perte », et c'est cette qualification, pas le prix lui-même, qui déclenche le comportement.

D'où une correction disproportionnée par sa simplicité : masquer la colonne de résultat latent pendant qu'une position est ouverte. La plupart des plateformes le permettent. La question devient alors la seule qui compte, et elle ne mentionne aucun point de référence : est-ce que j'ouvrirais cette position maintenant, à ce prix, dans ce contexte ? Si la réponse est non, la position n'a pas de raison de rester ouverte, et cela reste vrai que vous soyez en gain ou en perte dessus.

La fausse correction, celle qui aggrave

Il existe une manière de croire avoir corrigé le biais tout en l'amplifiant : décider de couper immédiatement tout ce qui perd, et laisser courir tout ce qui gagne, sans niveaux définis à l'avance. Ce n'est pas une règle, c'est le biais retourné, et il produit les mêmes dégâts par l'autre bout : des séries de micro-pertes sur des trades qui n'avaient pas eu le temps de se développer, et des gagnants rendus parce qu'aucun objectif n'était fixé.

La correction n'est pas de faire l'inverse du biais. Elle est de retirer la décision au moment où le biais opère, ce qui est exactement ce que fait unplan écrit à l'avance.

Pourquoi on s'en occupe, et ce que ça change

Ce que les deux travaux d'origine établissent

Shefrin et Statman, en 1985, montrent que les considérations fiscales seules ne peuvent pas expliquer les schémas observés de réalisation des gains et des pertes, et que ces schémas sont cohérents avec l'effet combiné de la fiscalité et des trois autres éléments de leur cadre.

Terrance Odean, en 1998, dans la même revue, examine les relevés de dix mille comptes d'un grand courtier à escompte. Ces investisseurs montrent une préférence marquée pour la réalisation des gagnants plutôt que des perdants. Trois explications alternatives sont testées et écartées : ce comportement ne s'explique pas par une volonté de rééquilibrer un portefeuille, ni par l'évitement des coûts de transaction plus élevés des titres à bas prix, et il n'est pas justifié par la performance ultérieure du portefeuille. Pour des placements imposables, il est sous-optimal et conduit à des rendements après impôt plus faibles.

Cette phrase sur la performance ultérieure est le cœur du sujet, et c'est celle qu'on cite le moins : les gagnants vendus ne se sont pas comportés moins bien par la suite que les perdants conservés. Le biais n'a donc pas seulement un coût fiscal, il a un coût de sélection. Il fait garder les mauvaises positions.

L'argument de décembre, celui qui tranche

Le détail le plus convaincant tient en un mois. La concentration des réalisations de pertes en décembre est, selon Shefrin et Statman, incompatible avec un comportement pleinement rationnel, et cohérente avec leur théorie. Odean observe de son côté que la vente motivée par la fiscalité est surtout visible en décembre.

Pourquoi c'est décisif : si conserver ses pertes était une stratégie réfléchie, elle n'aurait aucune raison de dépendre du calendrier. Or l'apparition d'une incitation purement comptable en fin d'année suffit à modifier le comportement des mêmes investisseurs sur les mêmes positions. Ce qui était présenté comme une conviction sur le marché se révèle sensible à une échéance fiscale. C'est ce qui fait la différence entre un biais et une préférence, et c'est l'argument à retenir si vous n'en retenez qu'un.

Les limites, et elles sont sérieuses

Il faut dire ce que ces travaux ne permettent pas d'affirmer, parce que la tentation est forte dans l'autre sens.

  • Ce ne sont pas nos données. Odean travaille sur des comptes d'actions de particuliers américains dans les années 1990. Ni l'instrument, ni l'horizon, ni le cadre fiscal ne sont ceux d'un trader de futures intraday sous règles de prop firm. Rien n'autorise à transposer une amplitude chiffrée.
  • La fiscalité, qui est un des quatre éléments du cadre d'origine, ne joue pas le même rôle ici. Un compte financé par une prop firm ne se gère pas comme un portefeuille imposable, et l'argument de décembre, qui est excellent comme preuve du biais, n'a pas d'équivalent direct dans notre contexte.
  • Corriger ce biais ne rend pas rentable. Cela supprime un coût connu, ce qui n'est pas la même chose que produire un gain. Un trader sans méthode qui corrige son biais de disposition perd de manière plus régulière, et c'est tout.
  • Nous ne publions aucun chiffre tiré de notre propre journal sur ce sujet.Les données existent, l'agrégat serait calculable, et il ne sortira pas sans seuil d'effectif défini ni validation. Un chiffre présenté sans son effectif et sa période n'est pas une mesure.

Ce que ça change concrètement en challenge

Une limite de perte journalière transforme ce biais en risque d'élimination. Conserver une position perdante en espérant le retour à l'équilibre est précisément la manière dont une journée ordinaire devient une violation de règle : la perte latente que vous refusez de constater est déjà comptée par la prop firm, elle, en temps réel. Le biais consiste à ne pas l'inscrire dans votre comptabilité mentale ; il ne consiste pas à l'empêcher d'exister dans la leur.

C'est la raison pour laquelle ce biais arrive en tête des causes d'échec, avant les erreurs de lecture de marché, et c'est développé dansla page sur l'échec d'un challenge.

Pour aller plus loin

Le biais de disposition est le premier article de la rubrique psychologie. Les pages les plus directement liées :

Sources

  • Shefrin H., Statman M., « The Disposition to Sell Winners Too Early and Ride Losers Too Long: Theory and Evidence », The Journal of Finance, 1985, vol. 40, nº 3, p. 777-790. Cadre théorique en quatre éléments, et démonstration que la concentration des réalisations de pertes en décembre est incompatible avec un comportement pleinement rationnel.doi.org
  • Odean T., « Are Investors Reluctant to Realize Their Losses? », The Journal of Finance, 1998, vol. 53, nº 5, p. 1775-1798. Dix mille comptes d'un grand courtier à escompte ; préférence marquée pour la réalisation des gagnants, non expliquée par le rééquilibrage ni par les coûts de transaction, non justifiée par la performance ultérieure du portefeuille.doi.org

Note de transparence : le texte intégral de l'article d'Odean n'a pas pu être consulté, le fichier étant protégé par son éditeur. Les résultats rapportés ci-dessus sont ceux que l'éditeur publie lui-même. Aucune valeur chiffrée de PGR ou de PLR n'est avancée dans cet article, faute d'avoir pu la lire à la source.

Le trading comporte un risque de perte en capital. Ce contenu est pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Trader 360 n'est pas un service de signaux et ne promet aucun résultat.Une question sur cet article ?