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Les indicateurs

Les bandes de Bollinger : lire une enveloppe qui se resserre

Une moyenne entourée de deux bandes qui suivent la volatilité. La statistique qu'on cite à leur sujet est fausse pour les marchés, et savoir pourquoi change la manière de les lire.

Qu'est-ce que les bandes de Bollinger

Ce sont trois courbes. Au centre, une moyenne mobile simple, classiquement à vingt périodes. De part et d'autre, deux bandes placées à une distance égale à un multiple de l'écart type des prix sur cette même fenêtre, classiquement deux.

L'écart type mesure la dispersion des prix autour de leur moyenne. Quand les prix s'agitent, il augmente et les bandes s'écartent ; quand les prix se resserrent, il diminue et les bandes se rapprochent. L'enveloppe respire donc au rythme de la volatilité, ce qui est sa contribution propre : c'est une moyenne mobile qui sait à quel point elle est fiable en ce moment.

Schéma des bandes de Bollinger : une moyenne centrale entourée de deux bandes qui se resserrent dans une phase calme puis s'écartent lors d'un mouvement ample.
Les bandes se resserrent quand les prix se calment et s'écartent quand ils s'agitent. Le resserrement est le seul état facile à reconnaître.

Comment on l'applique

L'erreur statistique qu'il faut retirer d'abord

On lit partout qu'environ 95 % des prix se tiennent à l'intérieur des bandes, et que sortir des bandes serait donc un événement rare, de l'ordre d'une fois sur vingt. Cette affirmation repose sur une hypothèse qui n'est pas vérifiée.

Le chiffre vient de la loi normale, pour laquelle 68,27 % des observations se situent à moins d'un écart type de la moyenne et 95,45 % à moins de deux. Ces valeurs sont exactes, et elles ne s'appliquent que si la grandeur mesurée suit effectivement une loi normale.

Or les variations de prix spéculatifs ne suivent pas une loi normale. Benoît Mandelbrot l'a établi dès 1963 dans le Journal of Business : leur distribution présente des extrémités bien plus épaisses que celles de la loi normale, c'est-à-dire que les grandes variations y sont beaucoup plus fréquentes que la loi normale ne le prévoit. C'est un des résultats les mieux établis de la finance empirique, et il a soixante ans.

Conséquence directe : les sorties de bandes sont plus fréquentes que la règle des 95 % ne le laisse croire, et elles le sont d'autant plus que le mouvement est ample. Toute stratégie fondée sur l'idée qu'une sortie de bande est rare, donc appelée à se corriger, repose sur un calcul de probabilité qui ne s'applique pas. C'est le défaut central de la lecture contraire de cet indicateur.

Le retard des bandes, et ce qu'il implique

Second point technique, rarement écrit, et tout aussi important. L'écart type est calculé sur la même fenêtre glissante que la moyenne. Les bandes ne s'élargissent donc qu'après que le mouvement qui les élargit a eu lieu.

Cela signifie qu'un contact de bande au début d'un mouvement se produit sur des bandes encore étroites, celles de la période calme qui précède, alors qu'un contact en fin de mouvement se produit sur des bandes déjà larges. Les deux contacts portent le même nom et ne décrivent pas du tout la même situation : le premier signale un mouvement qui commence, le second un mouvement déjà bien engagé.

Une règle du type « je vends au contact de la bande haute » applique donc un critère dont la sévérité varie toute seule selon le moment du mouvement, sans que celui qui l'applique s'en aperçoive. C'est exactement le même défaut que celui des bandes duVWAP, pour une raison voisine.

Le resserrement, le seul état vraiment lisible

Si une chose est à retenir de cet indicateur, c'est celle-là. Un resserrement des bandes signale une période de faible dispersion, ce qui est un fait constatable et non une interprétation.

Ce qu'il permet de conclure est cependant plus étroit qu'on ne le dit. Un resserrement n'annonce pas un mouvement, et surtout pas son sens. Il indique que si un mouvement survient, il partira d'une base étroite, donc paraîtra ample relativement à ce qui précède. Beaucoup de resserrements ne débouchent sur rien, et se resserrent davantage.

L'usage défendable est donc préparatoire : un resserrement est un moment où l'on prépare ses niveaux et où l'on vérifie sa taille de position, pas un moment où l'on entre. Et il se double naturellement de la lecture del'ATR, qui mesure la même chose autrement et qui, lui, alimente directement le calcul de taille.

La bande centrale, qui est une moyenne comme les autres

La courbe du milieu est une moyenne mobile simple à vingt périodes. Tout ce qui est dit dans l'article sur les moyennes mobiless'y applique : le retard, le comportement en marché sans direction, et l'effet de sortie de fenêtre propre aux moyennes simples.

Cela vaut la peine d'être rappelé, parce que la présence des bandes fait oublier que le cœur de l'indicateur est une moyenne ordinaire.

Ce qu'on en note dans son journal

Une colonne : la largeur des bandes au moment de l'entrée, rapportée au prix pour être comparable, et distinguée en trois catégories, étroite, normale, large. Comparez ensuite le résultat moyen de vos trades selon la catégorie. Si vos entrées en phase large produisent un résultat nettement inférieur, vous tenez une règle de filtre fondée sur vos chiffres, ce qui vaut mieux que n'importe quelle convention.

Points positifs et points négatifs

Ce qu'elles ont pour elles

  • Elles s'adaptent seules à la volatilité. Contrairement à une enveloppe à pourcentage fixe, elles ne demandent pas d'être réajustées quand le marché change de régime.
  • Le resserrement est un état facile à reconnaître, et c'est une vraie information de contexte.
  • Le calcul est explicite et identique partout, deux paramètres seulement.
  • Elles rendent visible une dispersion que l'œil estime mal sur un graphique de prix seul.

Ce qu'on leur reproche à raison

  • La statistique qu'on leur associe est fausse pour les marchés. Les 95 % supposent une normalité démentie depuis 1963.
  • Les bandes s'élargissent en retard, ce qui rend les contacts non comparables entre eux selon le moment du mouvement.
  • Elles invitent à la lecture contraire, qui est la plus coûteuse en tendance : dans un mouvement franc, le prix longe la bande pendant des heures sans revenir.
  • Elles n'apportent rien sur le sens. Comme l'ATR, elles décrivent une amplitude, pas une direction, mais leur forme visuelle donne l'illusion du contraire.
  • Nous ne publions aucune statistique sur la fréquence réelle des sorties de bandes sur nos instruments, faute de l'avoir mesurée.

En un paragraphe

Les bandes de Bollinger sont une moyenne mobile qui indique à quel point elle est dispersée en ce moment, et c'est une bonne idée. Ce qui pose problème est ce qu'on en a fait : une règle de retour à la moyenne fondée sur une probabilité empruntée à une loi que les prix ne suivent pas. Gardez le resserrement, qui est un fait, et traitez les contacts de bandes comme des repères de contexte dont la sévérité change au cours d'un mouvement.

Pour aller plus loin

  • L'ATR, qui mesure la même volatilité et alimente le calcul de taille.
  • Les moyennes mobiles, dont la bande centrale est un cas.
  • Le VWAP, dont les bandes souffrent d'un défaut voisin.
  • Le RSI, autre outil dont les seuils sont pris pour des lois.
  • Le volume, la donnée de contexte non dérivée.

Sources

  • Mandelbrot B., « The Variation of Certain Speculative Prices », The Journal of Business, 1963, vol. 36, nº 4, p. 394-419. Démonstration que la distribution des variations de prix spéculatifs présente des extrémités nettement plus épaisses que celles de la loi normale, rendant les grandes variations beaucoup plus fréquentes que cette loi ne le prévoit.doi.org
  • Les proportions de 68,27 % et 95,45 % sont les valeurs exactes de la loi normale à un et deux écarts types. Elles sont citées ici uniquement pour montrer d'où vient le chiffre communément avancé, et ne s'appliquent pas aux séries de prix.

Le trading comporte un risque de perte en capital. Ce contenu est pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Trader 360 n'est pas un service de signaux et ne promet aucun résultat.Une question sur cet article ?