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Le marché

L'imbalance, ou déséquilibre : un mot pour deux notions

Deux notions portent ce nom. L'une est une grandeur de microstructure dont la relation au prix est établie ; l'autre est une figure de graphique. Les traiter comme une seule chose est l'erreur la plus fréquente sur ce sujet.

Qu'est-ce qu'un déséquilibre

Premier sens : le déséquilibre du flux d'ordres

Dans la littérature de microstructure, le déséquilibre du flux d'ordres, ouorder flow imbalance, mesure l'écart entre ce qui pousse à la hausse et ce qui pousse à la baisse aux meilleures limites ducarnet. Il ne compte pas seulement les transactions : il compte les événements, c'est-à-dire les ordres ajoutés, exécutés et annulés de chaque côté.

Cont, Kukanov et Stoikov ont établi, sur cinquante actions américaines, que les variations de prix à court terme sont principalement expliquées par ce déséquilibre, selon une relation linéaire dont la pente est inversement proportionnelle à la profondeur du marché. La formulation mérite d'être comprise : plus le carnet est épais, moins un même déséquilibre déplace le prix. Et les auteurs notent que ce résultat reste stable une fois corrigé des effets horaires, ceux-là mêmes décrits dans l'article sur les sessions.

Ce sens du mot est donc solide, publié, et mesuré. Il n'est en revanche pas directement lisible à l'œil : il se calcule sur le flux d'ordres complet, qu'un particulier n'observe pas.

Second sens : l'imbalance du price action

Dans le vocabulaire du price action moderne, une imbalance, souvent appeléefair value gap, désigne autre chose : un trou de chevauchement dans une séquence de trois bougies. Lorsque la mèche basse de la troisième reste au-dessus de la mèche haute de la première, la zone comprise entre les deux n'a été traversée que par la bougie du milieu, très vite.

L'idée associée est que cette zone a été franchie sans réelle négociation, et que le prix aurait tendance à y revenir pour la « combler ». C'est une observation de forme, pas une mesure de flux. Elle appartient au même ensemble de notions quel'order block etla liquidité.

Pourquoi la confusion coûte cher

Les deux notions décrivent, au fond, une même intuition : à un moment, un côté a dominé l'autre. Mais elles ne se situent pas au même endroit, ne se mesurent pas de la même manière, et n'ont pas le même statut.

Le premier sens se mesure sur des données de carnet et a fait l'objet d'une publication évaluée. Le second se lit sur trois bougies et n'a, à notre connaissance, aucune littérature propre. Présenter l'un comme la preuve de l'autre revient à emprunter une crédibilité qui ne se transfère pas, et c'est exactement ce que font la plupart des textes qui citent « la recherche sur l'imbalance » à propos d'une figure graphique.

Comment on l'applique

Ce qui est utilisable du premier sens

Un particulier ne calculera pas le déséquilibre du flux d'ordres. Mais le résultat a une conséquence directement exploitable : l'effet d'un déséquilibre dépend de la profondeur. Le même flux déplace beaucoup le prix dans un carnet mince et peu dans un carnet épais.

Traduit en décision : aux heures creuses, un ordre de taille ordinaire suffit à faire bouger le prix, et l'on subit ce déplacement au moment d'entrer comme au moment de sortir. Ce n'est pas une intuition, c'est la conséquence directe d'une relation mesurée.

Ce qui est utilisable du second sens, et à quelles conditions

La figure des trois bougies est repérable et donc formulable à l'avance, ce qui est déjà beaucoup. Elle demande, comme les autres notions de ce vocabulaire, trois décisions écrites avant de regarder.

La taille minimale du trou. Sans seuil, une unité de temps courte en produit des dizaines par séance, dont la plupart sans conséquence. Exprimer ce seuil en multiples d'ATR le rend comparable d'une heure et d'un jour à l'autre.

Ce que veut dire « comblé ». Le prix doit-il toucher le bord de la zone, la traverser à moitié, la parcourir entièrement ? Les trois définitions donnent des statistiques différentes, et changer de définition après coup revient à choisir son résultat.

Le délai au-delà duquel on abandonne. Sans limite de temps, toute zone finit par être comblée un jour, ce qui rend l'affirmation « les imbalances se comblent » vraie et vide.

Le piège qui guette ici plus qu'ailleurs

L'affirmation « le prix revient combler les imbalances » est presque toujours vérifiée sur un historique, parce que sur un historique suffisamment long le prix repasse à peu près partout. Une statistique n'a de sens que bornée dans le temps : combien sont comblées dans les deux heures, dans la séance, dans la semaine, et combien ne le sont pas. Sans borne, on ne mesure rien.

Ce qu'on en note dans son journal

Trois colonnes : la taille du trou en multiples d'ATR, le délai avant comblement éventuel, et le fait que la zone ait été utilisée ou non pour entrer. Après quelques dizaines d'observations, vous saurez si la figure vous apporte quelque chose sur votre marché et à votre unité de temps. Aucune étude ne répondra à cette question à votre place : le journal est le seul endroit où elle se tranche.

Points positifs et points négatifs

Ce que les deux notions ont pour elles

  • Le premier sens est établi. Une relation linéaire entre déséquilibre du flux et variation de prix, robuste aux effets horaires et stable selon les échelles de temps, publiée dans une revue évaluée.
  • Il donne une règle pratique claire : l'impact dépend de la profondeur, donc de l'heure.
  • Le second sens est repérable objectivement une fois ses bornes fixées, ce qui n'est pas le cas de toutes les notions de ce vocabulaire.
  • Il ne demande aucun indicateur, seulement trois bougies.

Ce qu'on leur reproche à raison

  • Le mot est ambigu, et l'ambiguïté sert souvent à transférer la crédibilité du premier sens au second.
  • Le premier sens n'est pas observable par un particulier. Il se calcule sur un flux d'ordres complet, que personne n'a chez soi.
  • L'étude citée porte sur des actions, pas sur des contrats à terme. Le mécanisme est général, les chiffres ne se transposent pas.
  • Le second sens n'a pas de littérature propre, à notre connaissance, et son affirmation centrale est invérifiable sans borne temporelle.
  • Nous ne publions aucune statistique. Nous n'avons mesuré aucun taux de comblement et n'en avançons aucun.

En un paragraphe

Un même mot recouvre une grandeur de microstructure et une figure de graphique. La première, le déséquilibre du flux d'ordres, explique les variations de prix à court terme selon une relation mesurée dont la pente dépend de la profondeur du carnet : utile à connaître, impossible à calculer chez soi. La seconde, le trou entre trois bougies, est repérable mais dépourvue de littérature, et son affirmation centrale n'a de sens que bornée dans le temps. Les nommer séparément est la première précaution à prendre.

Pour aller plus loin

Sources

  • Cont R., Kukanov A., Stoikov S., « The Price Impact of Order Book Events »,Journal of Financial Econometrics, 2014, vol. 12, nº 1, p. 47-88. Sur cinquante actions américaines, les variations de prix à court terme sont principalement expliquées par le déséquilibre du flux d'ordres aux meilleures limites, selon une relation linéaire dont la pente est inversement proportionnelle à la profondeur ; le résultat est présenté comme robuste aux effets de saisonnalité intrajournalière et stable selon les échelles de temps et les titres. ⚠️ Texte intégral non consulté, la notice de l'éditeur étant payante : seuls les résultats figurant au résumé sont repris. Étude portant sur des actions, non sur des contrats à terme.doi.org
  • ⚠️ Aucune source n'est citée pour le second sens du mot, celui du price action, faute d'avoir trouvé une étude qui l'évalue. Ce manque est signalé plutôt que comblé par une référence qui parlerait d'autre chose.

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