La psychologie
Regarder les résultats des autres : un échantillon tronqué
Le problème n'est pas de regarder ce que font les autres. C'est que ce qui vous parvient a déjà été filtré, et que le filtre retire toujours la même moitié.
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Qu'est-ce que la comparaison sociale, ici
Sur un salon de discussion, un réseau social ou un groupe de formation, chacun voit les résultats affichés par d'autres. La question n'est pas de savoir si cela a un effet, mais lequel, et la réponse a été mesurée.
Ce que les données établissent
Kaustia et Knüpfer ont étudié, sur données finlandaises, l'effet des rendements récemment obtenus par des pairs locaux sur la décision d'un individu d'entrer sur le marché. Deux résultats comptent ici.
Premier résultat : l'effet existe. Les rendements récents des pairs influencent la décision d'entrée, et l'influence est plus marquée là où les occasions d'apprentissage social sont meilleures. Ce n'est donc pas une impression : le fait d'être entouré de gens qui viennent de gagner rend plus probable qu'on s'y mette à son tour.
Second résultat, et c'est celui qui change tout : la probabilité d'entrée ne diminue pas lorsque les rendements des pairs passent sous zéro. Les auteurs en donnent l'explication : les gens ne parlent pas des décisions qui ont produit des résultats médiocres.
Autrement dit, la relation est asymétrique, et son asymétrie ne vient pas de celui qui regarde mais de ce qui lui est montré. Les mauvais résultats n'atténuent pas l'effet parce qu'ils ne circulent pas.
Ce que cela signifie concrètement
L'échantillon de résultats auquel vous êtes exposé n'est pas un échantillon : c'est une sélection, effectuée avant que l'information ne vous parvienne, par les personnes elles-mêmes.
La conséquence est arithmétique et non morale. Même dans un groupe parfaitement honnête, où personne n'invente rien, ce qui remonte est presque entièrement composé de réussites, simplement parce que les pertes ne sont pas racontées. Le sentiment d'être le seul à échouer est donc une conséquence attendue du dispositif, pas une information sur votre niveau.
Et cela vaut sans même invoquer les captures truquées, les comptes de démonstration présentés comme réels ou les résultats sélectionnés, qui existent aussi mais dont nous ne savons rien de mesurable et sur lesquels nous n'avançons donc rien.
Comment on l'applique
Pourquoi « ne regarde pas les autres » ne suffit pas
Parce que l'isolement complet a ses propres coûts, et parce que le conseil est inapplicable pour qui suit une formation ou fréquente une communauté. Il transforme en plus un problème de dispositif en question de volonté, ce qui ne fonctionne pas, pour les raisons développées dansl'article sur la discipline.
La bonne formulation est différente : on peut regarder, à condition de savoir ce qu'on regarde. Un flux de résultats n'est pas une distribution, c'est sa moitié droite. Lu comme tel, il cesse d'être un étalon.
Les trois effets à surveiller chez soi
L'augmentation de taille. C'est l'effet le plus direct : voir un résultat affiché pousse à viser davantage, donc à prendre plus gros. Il rejoint exactement le mécanisme décrit dansl'article sur l'excès de confiance, à ceci près que la série favorable est celle d'un autre.
Le changement de méthode. Voir quelqu'un réussir avec une autre approche donne envie d'essayer la sienne, ce qui remet à zéro l'échantillon péniblement accumulé. C'est le problème traité dansl'article sur la taille d'échantillon : changer de méthode avant d'avoir assez d'observations garantit de n'en avoir jamais assez sur aucune.
L'entrée hors plage. Voir un trade annoncé en direct pousse à entrer sur une configuration qu'on n'avait pas préparée, souvent tard, ce qui relève dela peur de manquer.
Les deux règles de dispositif qui tiennent
Séparer les moments. Ne pas consulter de flux de résultats pendant les heures où vous tradez. Ce n'est pas une question de force de caractère : c'est un réglage, et un réglage se tient. Il suffit de fermer l'onglet pendant la plage choisie dans l'article sur les sessions.
Ne se comparer qu'à soi. La seule comparaison qui porte sur des données complètes est celle de votre mois avec votre mois précédent. Elle contient vos pertes, ce qu'aucune autre ne fait.
Ce qu'on en note dans son journal
Une colonne binaire, remplie avant l'entrée : ce trade a-t-il été influencé par quelque chose vu chez quelqu'un d'autre, oui ou non ? Après quelques dizaines de trades, comparez les deux groupes.
La colonne est inconfortable à remplir honnêtement, et c'est précisément ce qui la rend informative : personne ne la remplit à votre place et personne ne la lira. Le dispositif est décrit dansl'article sur le journal.
Points positifs et points négatifs
Ce que cette lecture apporte
- Elle repose sur un résultat mesuré, pas sur une morale : l'effet des rendements des pairs sur l'entrée a été établi sur données réelles.
- Elle explique l'asymétrie sans accuser personne. Le filtre opère même dans un groupe honnête, parce qu'on ne raconte pas ses pertes.
- Elle désamorce le sentiment d'être le seul à échouer, qui est une conséquence attendue du dispositif.
- Elle se corrige par un réglage, séparer les moments, plutôt que par une abstinence.
Ce qu'on lui reproche à raison
- L'étude porte sur l'entrée en bourse d'actions, en Finlande, sur une population générale. Le mécanisme de sélection de l'information est général ; les ordres de grandeur ne se transposent pas, et nous n'en reprenons aucun.
- Elle ne dit rien des cas de mauvaise foi, captures truquées ou comptes simulés présentés comme réels. Cela existe, nous n'en savons rien de mesurable, et nous n'avançons donc rien.
- La comparaison a aussi des effets utiles, apprentissage, émulation, correction d'erreurs, que cette page ne traite pas.
- Nous ne publions aucune statistique. Ni sur nos élèves, ni sur personne.
En un paragraphe
Les résultats affichés par des pairs influencent réellement les décisions, et l'influence ne diminue pas quand ces résultats deviennent négatifs, parce que les décisions aux résultats médiocres ne se racontent pas. Ce qui vous parvient est donc la moitié droite d'une distribution, sélectionnée avant de vous atteindre, même dans un groupe parfaitement honnête. La parade n'est pas de s'interdire de regarder, mais de séparer les moments et de ne se comparer qu'à ses propres mois, seule série qui contienne aussi les pertes.
Pour aller plus loin
- L'excès de confiance, même effet sur la taille, déclenché par sa propre série.
- La peur de manquer, ce que produit un trade annoncé en direct.
- Chance ou compétence, pour ce qu'un résultat affiché ne dit pas.
- Traverser une série de pertes, ce que les autres ne racontent pas.
- La discipline, pour des réglages qui tiennent sans volonté.
Sources
- Kaustia M., Knüpfer S., « Peer performance and stock market entry »,Journal of Financial Economics, 2012, vol. 104, nº 2, p. 321-338. Les rendements boursiers récemment obtenus par des pairs locaux influencent la décision d'entrée d'un individu, davantage dans les zones offrant de meilleures occasions d'apprentissage social ; la probabilité d'entrée ne diminue pas lorsque ces rendements passent sous zéro, ce que les auteurs jugent cohérent avec le fait que les gens ne parlent pas des décisions ayant produit des résultats médiocres. ⚠️ Texte intégral non consulté, la notice de l'éditeur étant payante : seuls les éléments figurant au résumé sont repris, et aucun chiffre n'en est tiré. ⚠️ Étude portant sur l'entrée en bourse d'actions, en Finlande.doi.org
- ⚠️ Rien n'est avancé sur les résultats truqués ou les comptes de démonstration présentés comme réels. Le phénomène existe, nous n'en avons aucune mesure, et l'article s'en tient à ce qui est établi : la sélection opère déjà sans mauvaise foi.
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