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Les indicateurs

Le delta cumulé : qui a pris l'initiative

Le volume dit combien de contrats ont changé de mains. Le delta dit de quel côté venait celui qui n'a pas voulu attendre. Sur les futures, cette information n'est pas estimée : elle est publiée.

Qu'est-ce que le delta

Chaque transaction a un acheteur et un vendeur, en quantités égales. Le volume ne peut donc jamais indiquer un sens, comme le rappellel'article qui lui est consacré. Mais les deux parties ne jouent pas le même rôle : l'une attendait dans lecarnet avec un ordre à cours limité, l'autre est venue la chercher avec un ordre au marché.

Celle qui vient chercher est appelée l'agresseur. Le delta compte les contrats échangés à l'initiative d'un acheteur, moins ceux échangés à l'initiative d'un vendeur. Le delta cumulé additionne ce solde depuis un point de départ, généralement le début de la séance, et se trace comme une courbe.

Le point que presque tous les articles manquent

Dans le monde des actions, savoir qui a pris l'initiative est unproblème d'inférence. Les données publiques donnent un prix, une quantité, et des cotations, jamais le côté. Il a donc fallu inventer des règles pour le deviner, la plus connue étant celle de Lee et Ready, publiée en 1991 : comparer le prix de la transaction au milieu de la fourchette, et se rabattre sur la comparaison avec la transaction précédente quand ce milieu ne tranche pas.

Les auteurs eux-mêmes documentent les deux faiblesses de cette approche : les cotations peuvent être enregistrées avant les transactions qui les ont provoquées, et les transactions qui se produisent à l'intérieur de la fourchette ne sont pas directement classifiables. Autrement dit, sur les actions, le delta est une estimation, et elle se trompe.

Sur les futures du CME, ce n'est pas le cas. Le flux de données de marché transporte un champ dédié, alimenté par le moteur d'appariement lui-même, qui indique si la transaction avait un agresseur et de quel côté du carnet il se trouvait. L'information n'est pas déduite d'un prix : elle vient de l'endroit où l'appariement a eu lieu. C'est une différence de nature, et elle change ce qu'on peut légitimement affirmer.

Le cas où la bourse elle-même ne tranche pas

Ce champ prévoit pourtant une valeur « aucun agresseur défini », et la raison mérite d'être connue parce qu'elle contredit l'idée d'une donnée toujours propre.

Elle concerne les ordres implicites. Le CME apparie non seulement les ordres directs, mais aussi des combinaisons construites à partir de contrats liés, par exemple deux échéances et leur écart. Quand un ordre agressif s'exécute contre de tels ordres, au moins un des niveaux de la transaction n'a pas d'agresseur défini : il représente les ordres clients qui ont donné naissance à l'ordre implicite exécuté, et personne, dans ce groupe, n'a pris l'initiative.

La conséquence pratique est modeste mais réelle : le delta d'une séance n'est pas la somme exacte du volume signé, et deux plateformes peuvent afficher des valeurs légèrement différentes selon la manière dont elles traitent ces cas. Un écart de quelques contrats n'est donc pas nécessairement un défaut de l'une des deux.

Comment on l'applique

La lecture qui tient : la divergence entre le prix et le delta

L'usage le plus répandu consiste à comparer la direction du prix et celle du delta cumulé. Quand le prix monte pendant que le delta baisse, la hausse s'est faite sans que les acheteurs prennent l'initiative : ils ont laissé faire, ou les vendeurs se sont retirés.

Ce constat est descriptif et solide. Ce qu'on en déduit ne l'est pas : la même configuration précède aussi bien un essoufflement qu'une poursuite, et nous n'avons trouvé aucune étude mesurant sa valeur prédictive sur un contrat à terme. La mécanique générale des divergences est traitée dansl'article correspondant, avec les mêmes réserves.

Ce qu'un delta fort ne dit pas

Une erreur fréquente consiste à lire un delta positif marqué comme une pression acheteuse victorieuse. Or l'agresseur paie la fourchette : il achète à l'offre. S'il absorbe beaucoup de contrats sans que le prix monte, cela signifie que quelqu'un, en face, a fourni toute cette quantité sans reculer.

Cette configuration, delta élevé et prix immobile, est donc exactement l'inverse de ce que la lecture naïve suggère. Elle n'annonce rien pour autant : elle décrit une absorption, et l'absorption s'interrompt aussi.

Les pièges de mesure

Le point de remise à zéro. Un delta cumulé depuis l'ouverture des actions américaines et un delta cumulé depuis la réouverture du dimanche soir ne racontent pas la même chose. Comme pour le VWAP, la valeur dépend entièrement du point de départ, et ce réglage est rarement affiché.

Le changement d'échéance. Le delta se calcule par contrat. Pendant la bascule décrite dansl'article sur le roulement, il se partage entre deux échéances et devient inexploitable sur chacune prise isolément.

L'unité de temps. Un delta agrégé par bougie perd l'ordre des événements à l'intérieur de la bougie. Deux séquences très différentes produisent le même solde, et seule la lecture transaction par transaction les distingue.

Ce qu'on en note dans son journal

Une colonne binaire, remplie avant l'entrée : le delta cumulé allait-il dans le sens de votre position, oui ou non ? Après quelques dizaines de trades, comparez le résultat moyen des deux groupes. C'est la seule manière de savoir si cette donnée vous apporte quelque chose sur votre plage horaire, etle journal est l'endroit où la question se tranche.

Points positifs et points négatifs

Ce que le delta a pour lui

  • Sur les futures, c'est une donnée déclarée, pas une estimation.C'est un avantage rare, et il disparaît dès qu'on transpose la lecture aux actions.
  • Il répond à une question que le volume ne peut pas poser. Non pas combien, mais de quel côté venait l'initiative.
  • Il n'a aucun paramètre à régler. Pas de période, pas de lissage, donc rien à sur-ajuster, à la différence de la plupart des indicateurs de cette rubrique.
  • Il rend visible l'absorption, c'est-à-dire un phénomène que le prix seul ne montre pas.

Ce qu'on lui reproche à raison

  • La bourse elle-même n'attribue pas toujours un agresseur, dans le cas des ordres implicites. La donnée est excellente, elle n'est pas parfaite.
  • Il dépend du point de remise à zéro, réglage souvent invisible.
  • Il est faussé pendant le changement d'échéance, sans que rien ne le signale.
  • Sa valeur prédictive n'est pas établie. Nous n'avons trouvé aucune étude mesurant la lecture par divergence de delta sur un contrat à terme, et nous n'en citons donc aucune.
  • Il demande des données de qualité, donc un abonnement et une plateforme qui les traite correctement, ce qui n'est pas le cas de toutes.
  • Nous ne publions aucune statistique. Nous n'avons mesuré aucun taux de réussite associé au delta et n'en avançons aucun.

En un paragraphe

Le delta répartit le volume selon le côté qui a pris l'initiative. Sur les actions, cette répartition doit être devinée par une règle dont les auteurs documentent les failles ; sur les futures du CME, elle est déclarée par le moteur d'appariement, sauf dans le cas des ordres implicites où la bourse elle-même ne tranche pas. C'est donc une donnée inhabituellement propre, dont la lecture la plus intéressante, le prix qui monte pendant que le delta baisse, reste descriptive : aucune étude connue de nous n'en établit la valeur prédictive.

Pour aller plus loin

Sources

  • CME Group, documentation des systèmes clients, « MDP 3.0 - Market Data Incremental Refresh - Trade Summary ». Le champ dédié au côté agresseur indique si la transaction avait un agresseur et de quel côté du carnet il se trouvait, avec une valeur prévue pour l'absence d'agresseur défini ; celle-ci survient notamment lorsqu'un ordre agressif s'exécute contre des ordres implicites, le niveau sans agresseur représentant alors les ordres clients ayant créé l'ordre implicite exécuté. ⚠️ Page consultée via son indexation : le serveur du CME refuse l'accès automatisé direct.cmegroup.com
  • Lee C. M. C., Ready M. J., « Inferring Trade Direction from Intraday Data »,The Journal of Finance, 1991, vol. 46, nº 2, p. 733-746. Les auteurs évaluent les méthodes de classification des transactions en achats ou ventes à l'initiative du preneur, et documentent deux difficultés des méthodes fondées sur les cotations : celles-ci peuvent être enregistrées avant les transactions qui les ont provoquées, et les transactions à l'intérieur de la fourchette ne sont pas directement classifiables. ⚠️ Texte intégral non consulté, la notice de l'éditeur étant payante : seuls les éléments figurant au résumé sont repris, et aucun taux d'erreur n'en est tiré. ⚠️ Travail portant sur des actions, cité ici pour établir le contraste avec les futures, non pour en transposer un résultat.doi.org

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