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La psychologie

Le biais de confirmation : ce qu'on cherche décide de ce qu'on trouve

Il ne déforme pas ce que vous voyez. Il décide de ce que vous regardez, ce qui est beaucoup plus efficace et parfaitement invisible.

Qu'est-ce que le biais de confirmation

Nickerson, dans la revue de référence sur le sujet, le définit comme le fait derechercher ou d'interpréter des éléments d'une manière partiale envers des croyances, des attentes ou une hypothèse déjà en tête. Il en passe en revue les différentes formes et les contextes pratiques où il opère.

Deux mots de cette définition méritent d'être séparés, parce qu'ils décrivent deux moments très différents.

Interpréter de manière partiale : on connaît ce versant. C'est l'information ambiguë qui, une fois en position, se met à pencher du bon côté.

Rechercher de manière partiale : c'est l'autre moitié, et elle opère avant. Ce n'est pas la perception qui est faussée, c'est la collecte. On ne déforme rien ; on regarde ailleurs, et ce qu'on ne regarde pas ne peut pas contredire.

À quoi cela ressemble sur un graphique

Le symptôme le plus répandu n'est jamais nommé comme tel : ajouter un indicateur.

On envisage un achat. Le premier indicateur ne dit rien de net. On en ouvre un second, puis un troisième, jusqu'à en trouver un qui va dans le sens envisagé, et on entre. Chaque étape paraît raisonnable, l'ensemble ne l'est pas : la recherche s'est arrêtée non pas quand l'information était suffisante, mais quand elle était favorable.

Ce comportement a un coût mesurable, traité dansl'article sur la redondance. Il y est montré que des indicateurs de la même famille ne se confirment pas : ils sont des fonctions de la même donnée. La confirmation obtenue de cette manière est donc un écho, et un écho ne dit jamais non.

Les autres formes sont les variantes du même geste. Changer d'unité de temps jusqu'à en trouver une qui va dans le bon sens, ce que rendent possibles les définitions élastiques du break of structure. Retracer une zone deux points plus bas pour qu'elle contienne le prix, plutôt que de constater qu'elle a cédé, contre ce que recommandel'article sur support et résistance.

Comment on l'applique

Pourquoi « rester objectif » ne marche pas

Parce que le biais ne se présente pas comme un parti pris. Il se présente comme de l'analyse, et il est d'autant plus efficace qu'on est compétent : plus on connaît d'outils, plus on dispose de manières de justifier ce qu'on voulait faire.

Une décision de rester lucide ne peut donc pas fonctionner, pour la même raison que la volonté ne fonctionne pas contre les autres mécanismes décrits dans cette rubrique : elle est indisponible au moment où elle serait nécessaire. C'est le raisonnement développé dansl'article sur la discipline, et il s'applique ici sans changement.

La seule parade : écrire l'invalidation avant

Elle tient en une phrase, notée avant d'entrer : « j'aurai tort si… », complétée par un fait observable, pas par un sentiment.

Trois propriétés la rendent efficace, et aucune ne repose sur la lucidité.

Elle est écrite, donc elle ne se réécrit pas. Un raisonnement se révise en silence ; une phrase notée à 15 h 12 ne se révise pas discrètement à 15 h 40.

Elle est antérieure, donc elle échappe à la position. On la formule quand on ne détient rien, c'est-à-dire au seul moment où l'on n'a aucun intérêt à ce qu'elle penche.

Elle est observable, donc elle tranche. « Si le prix clôture sous ce niveau » se vérifie ; « si le marché faiblit » ne se vérifie jamais, et c'est exactement pourquoi la seconde formulation est la plus fréquente.

Le test des deux colonnes, avant d'entrer

Pour qui veut aller plus loin, une variante prend trente secondes et rétablit la symétrie de la recherche : avant d'entrer, écrire deux éléments favorables et deux défavorables.

L'intérêt n'est pas dans le contenu mais dans la difficulté à remplir la seconde colonne. Si elle reste vide, ce n'est presque jamais parce qu'il n'y a rien : c'est parce que vous n'avez pas cherché. Le constat est immédiat et ne demande aucune introspection.

Ce qu'on en note dans son journal

Une colonne, remplie avant l'entrée : la condition d'invalidation, en une ligne, sous forme observable. Puis, une fois par mois, une seule question posée à cette colonne : combien de ces conditions étaient réellement vérifiables ?

Une proportion élevée de formulations vagues est le diagnostic. Elle signifie que vous écriviez des phrases qui ne pouvaient pas vous contredire, ce qui est la forme la plus aboutie de ce biais, et la seule que le journal puisse révéler. Le dispositif est décrit dansl'article sur le journal.

Points positifs et points négatifs

Ce que cette lecture apporte

  • Elle nomme un geste très répandu, l'ajout d'indicateur, qui passe partout pour du sérieux.
  • Elle se corrige par un dispositif matériel, une ligne écrite, et non par un effort de lucidité.
  • Elle s'auto-diagnostique. La difficulté à remplir la colonne défavorable est en elle-même le résultat du test.
  • Le phénomène est solidement documenté, et hors du champ du trading, ce qui écarte le soupçon d'explication ad hoc.

Ce qu'on lui reproche à raison

  • Il est invisible de l'intérieur. Aucun signal ne le distingue d'une analyse ordinaire, et le sentiment de lucidité n'est pas un indicateur.
  • Il croît avec la compétence, puisqu'il se nourrit du nombre d'outils disponibles pour justifier.
  • La parade demande de la rigueur au pire moment, juste avant d'entrer, quand l'attention est ailleurs.
  • La littérature citée n'est pas propre au trading. Elle établit le phénomène en général ; son ampleur chez un trader de futures n'est pas mesurée, et nous n'en donnons aucune.
  • Nous ne publions aucune statistique.

En un paragraphe

Le biais de confirmation consiste à rechercher et à interpréter l'information de manière partiale envers une hypothèse déjà en tête. Le versant le moins connu est le premier : il décide de ce qu'on regarde, et sur un graphique il prend la forme banale d'un indicateur ajouté jusqu'à ce qu'un d'eux confirme, ce qui ne confirme rien puisqu'ils mesurent la même donnée. Rester objectif ne s'ordonne pas ; écrire avant d'entrer une condition d'invalidation observable, si.

Pour aller plus loin

Sources

  • Nickerson R. S., « Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises »,Review of General Psychology, 1998, vol. 2, nº 2, p. 175-220. L'auteur définit le biais comme la recherche ou l'interprétation d'éléments de preuve d'une manière partiale envers des croyances, des attentes ou une hypothèse déjà en tête, en passe en revue les différentes formes, donne des exemples dans plusieurs contextes pratiques et discute des explications possibles ainsi que de son utilité ou de sa nocivité. ⚠️ Texte intégral non consulté : seuls les éléments figurant au résumé de l'éditeur sont repris. ⚠️ Travail de psychologie générale, non propre au trading : nous n'en tirons aucune mesure d'ampleur chez un trader.doi.org
  • La redondance des indicateurs d'une même famille, qui explique pourquoi la confirmation obtenue en ajoutant un outil n'en est pas une, est établie et démontrée dansl'article correspondant.

Le trading comporte un risque de perte en capital. Ce contenu est pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Trader 360 n'est pas un service de signaux et ne promet aucun résultat.Une question sur cet article ?