Le marché
Tendance et range : deux marchés, deux comportements
La distinction est juste, et le conseil qu'on en tire est presque toujours inapplicable : il demande de savoir en direct ce qui ne se constate qu'après.
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Qu'est-ce qu'une tendance, qu'est-ce qu'un range
Une tendance est une succession de sommets et de creux qui progressent dans le même sens : chaque creux est plus haut que le précédent dans une hausse, chaque sommet plus bas dans une baisse. Le prix y parcourt une distance nette supérieure au va-et-vient nécessaire pour la parcourir.

Un range est l'inverse : le prix oscille entre deux bornes sans progresser. Les sommets se situent à peu près au même niveau, les creux aussi, et la distance nette parcourue tend vers zéro pendant que l'agitation, elle, reste entière.

Le problème que personne ne pose
Les deux définitions sont rétrospectives. Il faut plusieurs sommets et plusieurs creux pour dire qu'on est dans l'un ou l'autre, donc il faut que le régime soit déjà largement installé. Au moment où l'on peut affirmer « nous sommes en tendance », une partie du mouvement a eu lieu ; au moment où l'on peut affirmer « nous sommes en range », il se peut qu'on en sorte.
Ce n'est pas un défaut de méthode, c'est la nature de l'objet. Toute recette qui commence par « identifiez d'abord le régime, puis appliquez la méthode correspondante » demande donc une information qui n'est pas encore disponible au moment où elle serait utile. Les articles qui présentent cela comme une simple question d'observation passent sous silence l'essentiel.
Comment on l'applique
Ce que la recherche établit, et à quel horizon
L'existence de tendances exploitables n'est pas une croyance : elle est documentée. Moskowitz, Ooi et Pedersen ont mis en évidence un phénomène de time series momentum sur cinquante-huit instruments à terme liquides, couvrant indices actions, devises, matières premières et taux. Les rendements passés y présentent une persistance, suivie d'une inversion partielle à des horizons plus longs.
Le point décisif est l'horizon : cette persistance est mesurée surun à douze mois. Elle ne dit rien d'une tendance observée sur une séance, encore moins sur cinq minutes. Citer ce travail pour justifier une lecture intraday revient à emprunter une preuve qui porte sur autre chose, et c'est l'abus le plus fréquent sur ce sujet.
Autrement dit : que les marchés à terme présentent des tendances à l'échelle de plusieurs mois est établi. Que la tendance que vous croyez voir cet après-midi soit de même nature ne l'est pas, et nous n'avons aucune mesure à vous proposer qui le dirait.
La conséquence pratique, qui porte sur le stop
Si le régime ne se constate qu'après, alors bâtir son plan sur sa reconnaissance en direct est fragile. Il reste une conséquence robuste, et elle est trop peu dite : les deux régimes n'appellent pas la même distance.
Dans un range, l'amplitude est bornée. Un stop large y devient absurde : il dépasse l'amplitude totale du mouvement possible, et la position ne peut plus être dimensionnée raisonnablement. Dans une tendance, un stop trop serré est touché par les respirations ordinaires du mouvement, celles-là mêmes qui composent la progression.
La mesure qui règle cette question n'est pas le régime mais la volatilité du moment, c'est-à-dire l'ATR. Elle s'ajuste d'elle-même, sans exiger qu'on nomme le régime à l'avance, et elle alimente directement le calcul de taille décrit dansl'article sur le money management.
Ce que le range fait à la discipline
Un range produit beaucoup de configurations apparentes qui n'aboutissent pas : chaque approche d'une borne ressemble à un départ. C'est le terrain le plus favorable au surtrading, et il coïncide souvent avec les heures creuses décrites dansl'article sur les sessions.
La parade n'est pas analytique, elle est comptable : un nombre maximal de trades par séance, fixé d'avance. C'est une règle de dispositif, au sens décrit dansl'article sur la discipline, et elle fonctionne précisément parce qu'elle ne demande pas de juger du régime.
Ce qu'on en note dans son journal
Une colonne remplie avant l'entrée : tendance, range, ou indécis. La troisième réponse est la plus instructive, et la plus souvent supprimée par ceux qui remplissent leur journal après coup. Comparez ensuite le résultat moyen des trois groupes. Si la catégorie indécis représente l'essentiel de vos trades, le sujet n'est pas la méthode mais le moment d'entrée. Le dispositif est décrit dansl'article sur le journal.
Points positifs et points négatifs
Ce que la distinction a pour elle
- Elle décrit une réalité. Les deux comportements existent et ne demandent ni le même stop, ni les mêmes attentes de gain.
- Elle repose, pour la tendance, sur un travail solide : une persistance documentée sur cinquante-huit contrats à terme et plusieurs classes d'actifs.
- Elle ne demande aucun indicateur pour être formulée.
- Elle donne une explication honnête aux séances stériles, ce qui vaut mieux que de les attribuer à un manque de discipline.
Ce qu'on lui reproche à raison
- Le régime ne se reconnaît qu'après coup, ce qui rend inapplicable le conseil habituel de l'identifier d'abord.
- La preuve disponible porte sur un à douze mois, pas sur l'intraday. Elle est régulièrement invoquée hors de son domaine.
- Les bornes d'un range sont subjectives, comme celles d'un support, et se voient toujours mieux une fois sorties.
- Le régime dépend de l'unité de temps. Un range en une heure peut être une tendance nette en cinq minutes, et les deux lectures sont exactes.
- Nous ne publions aucune statistique. Nous n'avons mesuré aucune proportion de séances en tendance ni aucun résultat par régime, et n'en avançons aucun.
En un paragraphe
Tendance et range décrivent deux comportements réels, mais tous deux se constatent après coup, ce qui ruine le conseil de les identifier avant d'agir. La persistance des tendances est bien documentée sur les contrats à terme, à des horizons d'un à douze mois, et cette preuve ne se transpose pas à la séance. Ce qui reste solide tient en deux choses : la distance du stop se règle sur la volatilité et non sur le régime, et un nombre maximal de trades fixé d'avance protège des séances où il ne se passe rien.
Pour aller plus loin
- Le break of structure, la lecture qui prétend signaler le changement de régime.
- Support et résistance, pour les bornes d'un range.
- Les sessions, qui expliquent quand les phases stériles arrivent.
- L'ATR, la mesure qui règle la distance sans nommer le régime.
- Le chandelier japonais, la brique dont ces régimes sont faits.
- Le surtrading, ce que le range produit si rien ne l'encadre.
Sources
- Moskowitz T. J., Ooi Y. H., Pedersen L. H., « Time series momentum »,Journal of Financial Economics, 2012, vol. 104, nº 2, p. 228-250. Les auteurs documentent une persistance des rendements sur un à douze mois, suivie d'une inversion partielle à plus long terme, pour chacun des cinquante-huit instruments à terme liquides étudiés, couvrant indices actions, devises, matières premières et taux. ⚠️ Texte intégral non consulté, la notice de l'éditeur étant payante : seuls les résultats figurant au résumé sont repris, et aucun chiffre de performance n'en est tiré. ⚠️ Horizons mensuels : ce travail ne porte pas sur la séance et n'est pas invoqué ici pour la justifier.doi.org
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